Accords UE-CEDEAO : c’est loin d’être gagné!

Accords UE-CEDEAO : c'est loin d'être gagné!
Le Comité ministériel, chargé du suivi de ces accords pour le compte de la CEDEAO, réuni à Abuja le 30 novembre, a préconisé un "report de trois ans" du délai des négociations qui auraient dû être bouclées en 2007, selon un communiqué de la CEDEAO parvenu à Ouestafnews.
Les APE, négociés avec des blocs régionaux, préconisent une "zone de libre-échange" entre l’Europe et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), et sont proposés par l’UE à des blocs sous-régionaux.
La CEDEAO mène ces négociations pour le compte du bloc sous-régional ouest africain.
Le Comité ministériel de la CEDEAO précise que "l’Afrique de l’ouest souhaite une entrée en vigueur (de ces accords) le 1er janvier 2011 au lieu du 1er janvier 2008", selon le communiqué.
Ces délais sont nécessaires pour permettre aux économies ouest africaines de mieux se préparer aux exigences de la zone de libre-échange que propose l’Europe.
Plusieurs autres acteurs ouest africains ont exigé le report, voire l’arrêt pour certains, des négociations qu’ils jugent défavorables aux pays africains dans leur forme actuelle.
Le communiqué de la CEDEAO ne le précise pas, mais sa requête est le résultat de la forte opposition aux APE exprimée par les sociétés civiles africaines, les syndicats ainsi qu’une partie de l’opinion publique et mêmes certains Etats membres de la CEDEAO.
Ainsi, la Côte d’Ivoire a tenu mi-novembre une rencontre sous l’égide de son ministère du Commerce dont les conclusions constituent autant de préalables.
A l’issue de la rencontre, selon le quotidien Notre Voie (privé), les participants ont recommandé un report de "deux ans", une période qui devrait servir à des clarifications et des ajustements dont notamment "l’évaluation par coût (et) par secteur d’activité, le renforcement des capacités, la mise en oeuvre de structures d’accréditation sur la normalisation, la poursuite de la sensibilisation".
Réunis dans la même foulée du 27 au 29 novembre au centre du Sénégal dans la ville de Kaolack, plus d’un millier d’acteurs de la société civile sénégalaise, ont de leur côté décidé de lancer une "campagne contre" les APE "dans leur forme actuelle".
La rencontre était organisée sous l’égide de deux grandes organisations sénégalaises, le Conseil des ONG d’appui au développement (Congad) et le Conseil national de concertation des ruraux (CNCR).
Vu "l’enjeu régional" que représente ces APE, "des membres d’organisations sœurs d’Afrique de l’Ouest étaient également de la partie, en provenance de Gambie, de Sierra Leone, du Mali, du Burkina Faso, de Guinée et du Bénin", précisait le site militant "Libération-Afrique", en rendant compte de l’évènement.
"L’avantage qu’apporterait les APE n’en est pas un (…) car, en matière d’accès au marché européen, les PMA (les 49 pays les moins avancés dont la plupart des pays d’Afrique subsaharienne font partie) disposent déjà de l’initiative ‘Tout sauf les armes’", précise l’article.
"Par contre, les désavantages que représenterait une nouvelle baisse des tarifs douaniers seraient considérables pour ces pays, surtout que l’Union européenne demande la libéralisation de 90% des secteurs".
Certains experts prévoient ainsi une perte de recettes fiscales et douanières pouvant atteindre 20 % pour les pays ouest africains, dès l’entrée en vigueur des APE.
Pour ne pas relâcher la pression, des organisations paysannes ouest africaines on décidé "de marcher sur Ouagadougou" les 22 et 23 décembre prochains. Leur objectif : se faire entendre par les chefs d’Etats de la sous région qui s’y retrouveront pour les sommets de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et de la CEDEAO.
"Ce sera une première dans le cadre du mouvement paysan, en terme de plaidoyer pour une agriculture capable de nourrir les Africains", écrit le journal burkinabé Le Pays (privé), avant de conclure "si avec tout ça ils (les agriculteurs) ne sont pas entendus par les politiques, c’est qu’il y a vraiment un problème de représentation des aspirations des populations".