Affaire Hissène Habré : les ONG et les présumés ‘victimes’ accentuent la pression sur le Sénégal

Lors d’une rencontre avec la presse, il est prévu que "les victimes accusent Hissène Habré de crimes contre l’humanité", selon un communiqué de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (Raddho, basée à Dakar) transmis à Ouestafnews.
De son côté Human Right Watch (HRW, basé à Washington) , dont l’avocat et porte-parole Reed Broody suit inlassablement le dossier Habré depuis des années, annonce la participation à cette rencontre de représentants des présumés "victimes" ou "parents de victimes", dont les Sénégalais, Abdourahmane Guèye, décrit comme un "survivant sénégalais des prisons de Hissène Habré" et Satta Gaye qui est la "sœur de Demba Gaye, victime sénégalaise, décédé en prison au Tchad en 1987".
Seront présents aux côtés de ces victimes sénégalaises, Clément Abaifouta, Président de l’Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques au Tchad (AVCRP) et Zénaba Borgoto Galyam, veuve de Galyam Négal, Directeur du cabinet militaire de Hissène Habré, décédé en prison en 1988, selon HRW.
D’autres associations et organisations de défense des droits de l’homme seront aussi présentes lors de la manifestation.
Le procès Habré, que l’Union Africaine a demandé au Sénégal d’organiser suite à la pression de ces mêmes groupes, bute à présent sur des questions financières.
Le Sénégal a estimé le coût du procès à 18 milliards FCFA, mais pour l’instant seuls le Sénégal (1 milliard) et le Tchad (2 milliards) ont publiquement annoncé des contributions financières chiffrées pour participer aux dépenses liées au procès.
Les ONG de défense des droits de l’homme accusent le Sénégal de délibérément faire traîner les choses.
L’Etat sénégalais affirme de son côté son intention de juger l’ex-président, s’appuyant sur des réformes apportées à ces lois, y compris à sa constitution, pour les adapter à l’affaire et rendre possible le jugement.
L’autre contentieux qui oppose les ONG et le Sénégal, c’est la nomination de M. Madické Niang au poste de ministre de la Justice.
Ce dernier avait fait partie pendant un moment du collectif des avocats qui assuraient la défense de M. Habré, réfugié au Sénégal depuis son départ forcé du pouvoir en 1990.
Pour se dédouaner, M. Niang a donné à plusieurs reprises des assurances fermes, disant qu’il s’est « totalement » retiré du dossier Habré depuis sa nomination et qu’il observe une stricte « neutralité ».
Récemment Hissène Habré a été condamné à mort par contumace par un tribunal de Ndjamena pour son implication supposée dans les dernières attaques des mouvements rebelles contre le régime du président Idriss Déby, qui lui a succédé au pouvoir et qui n’était autre que son chef d’Etat-major alors qu’il était au pouvoir dans son pays.