Afrique de l’Ouest : des risques de mévente planent sur la production d’anacarde

L’Afrique de l’Ouest assure 45 % de la production mondiale de noix de cajou. Avec une production de 700.000 tonnes en 2015, elle a supplanté l’Inde qui était le premier pays producteur mondial. Photo/ capture d'écran

Ouestafnews –  Le marché de la noix de cajou vit des moments d’agitation en Afrique de l’Ouest où l’offre abondante tire les prix initialement fixés vers le bas. Première productrice mondiale, la Côte d’Ivoire fait face à des problèmes d’exportations

«Des centaines de camions chargés de noix font la queue depuis des semaines devant les entrepôts des exportateurs au port d’Abidjan, faute de pouvoir trouver preneurs », écrit Financial Afrik. L’exportation d’anacarde actuellement dans l’impasse.

Une situation que Pierre Ricou, analyste au niveau de l’organisation Rongead, explique par un allongement des procédures dû à l’augmentation des taxes à l’exportation.

Pour stimuler la transformation locale de l’anacarde, les taxes à l’exportation (10% de la valeur CAF) ont connu une hausse. Et obligation a également été faite aux exportateurs de réserver 15% des volumes aux transformateurs.

Pierre Ricou, dans un entretien avec le site Commodafrica (spécialisée dans l’information liée aux marchés des matières premières), souligne aussi une grogne des exportateurs par rapport au prix officiel (500 FCFA, le Kilo) considéré comme trop élevé au regard de l’évolution du marché international.

Alors que la campagne de commercialisation bat son plein, beaucoup d’analystes alertent sur une forte augmentation de l’offre. Ce qui a pour effet de tirer les prix initialement fixés vers le bas. Un autre obstacle à l’exportation que relèvent les analystes réside dans la qualité même des noix actuellement récoltées en Côte d’Ivoire.

En lançant la campagne de commercialisation en février 2018, le Conseil ivoirien de l’anacarde a misé sur une récolte de 750.000 tonnes. Soit une hausse de 5% par rapport à la saison précédente.

Cette tendance baissière amène actuellement le kilogramme de noix de cajou entre 350 et 400 FCFA.  Des prix bien plus bas que ce que les producteurs recevaient ces trois derniers années.

L’Afrique de l’Ouest assure 45% de la production mondiale de noix de cajou. Avec une production de 700.000 tonnes en 2015, la Côte d’Ivoire a supplanté l’Inde qui était le premier producteur mondial.

Particularité bissau-guinéenne

La Guinée-Bissau se démarque en fixant un prix officiel de 1.000 FCFA, le kilo. Ce qui, selon les observateurs, n’augure rien de bon au regard de la forte offre qui caractérise le marché.

«En ce moment, les achats se font à 700 FCFA pour la bonne qualité, mais cela ne va pas rester car l’offre est abondante», souligne Pierre Ricou.

Au Sénégal, les exportations tournent annuellement autour de 30.000 tonnes, selon le ministère du Commerce. Début mai 2018, les autorités ont décidé d’utiliser le port de Ziguinchor (sud) pour faciliter les exportations, surtout que l’essentiel de la production d’anacarde est le fait des régions méridionales de Sédhiou et de Kolda.

Les prix pratiqués en Gambie et au Sénégal tournent entre 600 et 800 FCFA, le kilo. Comme pour le cas bissau-guinéen, les bulletins d’analyse du Rongead, n’excluent pas une baisse voire une stabilisation autour de 500 FCFA.

Ghana, cap sur la régulation

Au Ghana, le gouvernement est souvent appelé à moderniser la filière, considérée comme source potentielle de revenus stables en dehors des exportations traditionnelles (or, cacao et pétrole).

En 2016, les recettes d’exportations tirées de l’anacarde s’élevaient à 244 millions de dollars, selon des statistiques de la Ghana Cashew Industry.

Le 22 mai 2018, lors d’une visite dans la région du Brong-Ahafo (sud), d’où provient l’essentiel de la récolte d’anacarde du Ghana, le président Nana Akuffo-Addo a annoncé le démarrage pour fin juin de la Cashew Development Board (CDB). Un organe qui va agir comme régulateur de la filière.

Cité par Ghana News Agency (GNA, l’agence de presse publique), le président Akuffo-Addo a aussi promis la distribution de 2,7 millions de plants à travers le pays, en plus d’une formation des producteurs par une équipe de 900 agents du ministère ghanéen de l’Agriculture.

Faible transformation locale 

La nécessité de transformer localement les noix pour plus de plus-value, est l’orientation prise ces dernières années par la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Toutefois, sur le terrain l’expérience reste mitigée aux yeux des observateurs et analystes. Première productrice et exportatrice mondiale, la Côte d’Ivoire transforme moins de 7% de sa production.

Pierre Ricou identifie une dizaine d’entreprises actives dans la transformation en Côte d’Ivoire, deux au Bénin, quatre au Burkina Faso et deux au Ghana.

Dans ce dernier pays, une dizaine d’usines ont fermé, à cause de la forte concurrence de l’exportation. En avril 2018, l’Association ghanéenne des transformateurs d’anacarde (Association of cashew processors) a appelé le gouvernement à limiter les exportations par l’introduction de taxes.

Pour l’instant, une seule revendication (la régulation de la filière) est en voie d’être satisfaite. Les exportations sont assurées par des entreprises étrangères qui achètent directement chez les producteurs locaux. Des pays comme l’Inde, le Vietnam et le Brésil constituent les principales destinations de la production ouest africaine.

Toutefois, le Ghana a officiellement lancé en février 2018, un plan décennal de développement de la filière anacarde (2017-2027). Lequel plan compte amener la production à une moyenne annuelle de 300.000 tonnes, qui seront entièrement transformées dans le pays.

MN/ad