Autosuffisance en riz d’ici 2025 en l’Afrique de l’ouest, est-ce réalisable ?

En Afrique de l'Ouest, l'autosuffisance en riz, n'est pas encore atteint et le recours à l'importation reste très soutenu.

Ouestafnews- L’autosuffisance en riz prônée par les Etats membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) d’ici 2025, est-elle réalisable ? Face à certains obstacles que rencontre cette filière agricole, des experts exhortent à plus de prudence.

L’autosuffisance en riz d’ici 2025. Voilà ce qu’ambitionnent les pays membres de la Cedeao. Ce, en lançant, au mois d’avril dernier, le programme Offensive rizicole pour faire de l’autosuffisance en riz et de la prospérité économique une réalité dans la sous-région à l’horizon 2025.

Le programme est destiné, selon Ernest Aubee, administrateur principal de programme, à augmenter la production du riz dans tous les pays membres de la Cedeao.

«Le programme examinera essentiellement comment la région peut augmenter sa production afin de répondre aux besoins de consommation et de réduire les importations. Cela devrait créer également des opportunités d’emploi pour nos propres agriculteurs, en particulier les jeunes et les femmes.

Cela permettra également d’améliorer la chaîne de valeur afin qu’elle soit de haute qualité et qu’elle nous convienne sur le plan nutritionnel en tant que citoyens de la Cedeao », a-t-il déclaré à APA news.

Doubler la production

A l’occasion de la publication du Rapport Cyclope 2018 sur les marchés mondiaux des commodités, Patricio Mendez del Villar, chercheur au CIRAD (Centre de Coopération en Recherche agronomique pour le développement),  a laissé entendre que les dirigeants de la Cedeao devraient revoir leur ambition à la baisse.

Et pour cause, afin de parvenir à l’autosuffisance en Afrique de l’Ouest, il faudrait doubler la production et « donc afficher des taux de croissance de 11% par an. C’est très difficile à tenir. Aucun pays au monde n’y est parvenu sur la durée. Même durant la révolution verte en Asie ».

Et de rappeler qu’il a fallu 20 ans (1998-2018) pour doubler la production de riz en Afrique-subsaharienne. La démographie galopante du continent est également un des obstacles à ce problème.

« En 2025, la région comptera 100 millions d’habitants en plus. Nous allons donc passer d’une consommation de riz de 30 Mt à 45 Mt. L’histoire du riz en Afrique c’est comme le verre à moitié plein ou à moitié vide. La production a certes progressé mais les importations aussi ».

En 2016, le Sénégal a importé près de 900 milles tonnes de riz.

Des productions surestimées

De son côté, Saliou Sarr, expert agricole et président d’honneur du Comité national interprofessionnel de la filière riz, dans une interview accordé au journal Le Quotidien, révèle la surestimation des chiffres, notamment au ministère de l’agriculture.

Une pratique « politicienne » qui peut fausser les calculs pour l’autosuffisance d’ici 2025.

« Le ministère de l’agriculture a annoncé en 2017, 600 milles tonnes de riz Paddy au système pluvial. C’est-à-dire, près de 350 milles tonnes de riz qu’on ne voit nulle part, dans aucune boutique du territoire nationale ».

Selon lui, si l’on avait fait un million de tonnes de Paddy, cela veut dire qu’on a, au moins, 600.000 tonnes de riz blancs.

« Non, on ne peut pas avoir 600.000 tonne de riz blanc produit au Sénégal, et que les importations continuent à être autour 850 milles tonnes. Soit un total général de 1.450.000 tonnes de riz blanc alors que les besoins nationaux en riz sont estimés 1 million 050 tonnes », réfute-t-il.

Une anomalie que Patricio Mendez del Villar a également décelée. « Lorsque nous additionnons la production et les importations et que l’on divise ce chiffre par la consommation, on trouve des consommations apparentes par tête entre 90 et 110 kilos par an et par habitant ».

Alors qu’au niveau mondial, la consommation par personne et par an, est d’environ 65 kilos. Alors consommer 100 kilos par an et par habitant, «cela revient à manger du riz trois à quatre fois par jour. Ce sont des régimes alimentaires de type asiatique », fait-il remarquer.

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