Bénin : travailleurs en grève, Boni Yayi menace

Cet arrêt de travail, « sans services minimum », selon les syndicalistes, a été décidé par un rassemblement de 29 syndicats qui revendiquent, entre autres, « l’harmonisation des primes dans la fonction publique » et « la correction des disparités catégorielles dans l’administration publique ».

Mais pour le gouvernement, ces revendications sont « inadéquates, contraires à la démarche légale prescrite en la matière » et « quasiment impossible d’y donner suite ». Le gouvernement affirme d’ailleurs avoir consenti beaucoup d’efforts pour « améliorer le pouvoir d’achat des agents de l’Etat avec la prise en compte de nouvelles mesures suite aux nombreuses revendications qui ont été exprimées ».
A la veille de ce mouvement qui risque de paralyser l’administration, le président Boni Yayi a, dans un discours à la nation dont Ouestafnews a obtenu une copie, déclaré que ce mot d’ordre de grève est « totalement illégal et irrecevable » et même « contraire à l’éthique et à la morale ». Il a promis de prendre « les dispositions appropriées pour que le service public soit accompli sans discontinuité dans l’intérêt de (du) peuple ».
Pour le chef de l’Etat, récemment réélu pour un second mandat à la tête du pays, à la faveur de la dernière élection présidentielle du 13 mars 2011, «accéder aux nouvelles revendications des syndicats de base de l’administration publique, (…) conduirait à choisir délibérément de dénoncer les engagements que notre pays a pris vis-à-vis de la Communauté Internationale ».
« Le ratio masse salariale/recette fiscale va passer à près de 50 % contre 35 % qui constituent la norme », a tenu a préciser le président béninois, un ancien banquier, qui n’a pas manqué de souligner le besoin de rester « crédible » vis-à-vis des « partenaires techniques et financiers qui nous appuient à travers le programme économique et financier, négocié avec le Fonds Monétaire International (FMI)».
Le chef de l’Etat béninois a fait aussi savoir que le FMI « a marqué sa désapprobation pour les mesures prises suite aux dernières négociations », du coup admettant implicitement subir le diktat de cette institution (FMI), souvent critiquée par les organisations syndicales africaines pour les mesures draconiennes d’austérité qu’elle impose aux pays africains.
Selon une dépêche de l’agence panafricaine d’information (Pana), les fonctionnaires du ministère des Finances ont récemment obtenu une augmentation de leur salaire, les autres fonctionnaires des autres départements réclament le même traitement.
Citée par l’agence de presse africaine (Apa) le 27 mai denier, un haut responsable de l’Union européenne, Mme François Collet, avait émis un avis critique – méprisant pour certains – à cette hausse des salaires en se demandant si dans des pays « pauvres », on pouvait se permettre de laisser les marges être « absorbées par le seul budget de fonctionnement ».