Buhari, sera-t-il le Lula africain ?

Le résident Muhammadu Buhari,à Abuja, le 27 mai 2019. Photo/The Nation

Ouestafnews – Réélu pour un second mandat en février 2019, le président Muhammadu Buhari a annoncé son intention sortir de la pauvreté cent millions de ses compatriotes d’ici dix ans. Toutefois, cet objectif ne s’annonce pas aisé au regard des défis comme la faiblesse du secteur agricole et la forte dépendance de l’économie du pétrole. Ce défi, que s’est lancé le président nigérian, n’est pas sans rappeler l’exploit réussi par l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva qui avait au terme de ses deux mandats (2003 à 2011) sorti plusieurs dizaines de millions de Brésiliens de la pauvreté.

Le président Buhari affirme vouloir continuer dans la logique de son premier mandat dont le bilan est «largement positif», selon lui. Pour son second et dernier mandat à la tête du Nigeria, Buhari veut s’attaquer à la pauvreté, surtout qu’il estime que son pays a les moyens durant la prochaine décennie de faire sortir près de 100 millions de nigérians de la pauvreté.

Un objectif qui  une fois atteint devrait implicitement régler les problèmes d’insécurité et d’inégalités qui caractérisent le géant économique et démographique du continent.

« Quand les inégalités économiques montent, l’insécurité augmente mais quand on s’engage de plain-pied dans la réduction des inégalités à travers des investissements dans le social et des dans les infrastructures, cela produit aussitôt une diminution de l’insécurité », a souligné le président nigérian dans un discours prononcé lors de la célébration de la journée de la démocratie.

Dans son discours, le président ne s’est exprimé sur la stratégie à mettre en place pour cet objectif d’éradiquer la pauvreté dans son pays.

Vaincre l’extrême pauvreté

Au regard des chiffres, le défi peut paraître insurmontable. En 2019, les prévisions de croissances ont été revues à la baisse. Le président Buhari lui-même parle d’un taux de 2,7% contrairement au 3% précédemment annoncés par la Banque centrale.

Grand pays producteur de pétrole, le Nigeria est soumis aux fluctuations du marché international. La baisse des cours du brut avait plongé le pays dans la récession combinée à une chute de la monnaie locale par rapport au dollar.

Dans le rapport 2018 de World PovertyClock (WPC), il est mentionné que 86 millions de Nigérians vivent sous le seuil de la pauvreté, sur une population de 190 millions d’habitants.

Selon WPC, le Nigeria est le pays qui compte le plus de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, devançant ainsi l’Inde avec ses  73 millions de « pauvres ».  Qualifié de sous-continent, l’Inde est d’ailleurs sept fois plus peuplé que le Nigeria.

Pour beaucoup d’économistes, la croissance économique nigérian est lente et ne cadre pas avec le taux de natalité qui tourne autour de 5 enfants par femme en âge de procréer.

Diversification économique

Cette lutte annoncée contre la pauvreté se déroule dans un contexte de faible diversification d’une économie qui tourne essentiellement autour de l’exploitation pétrolière, qui représente 90% des exportations du pays. Au même moment,un secteur comme l’agriculture  reste peu performant, souffrant entre autres du faible accès au crédit, d’un régime foncier devenu obsolète aux yeux des acteurs de la société civile locale.

Même si le régime a mis en place des prêts destinés aux producteurs, ces derniers se plaignent d’un déficit de semences de qualité et d’une faible irrigation des terres.  Selon des chiffres de la Banque mondiale, l’agriculture contribue à hauteur de 25,4% au Produit intérieur brut nigérian. Soit une faible progression par rapport à l’année 2017 où le même taux ressortait à 25,1%.

«Le secteur agricole est une source majeure d’emplois et le potentiel en termes de productions et d’exportations est réel», souligne une analyse du Think tank Oxford Business Group (OBG). Toutefois dans son texte consulté par Ouestafnews, OBG, met aussi en exergue la baisse de la main d’œuvre dans le secteur agricole, laquelle a eu comme conséquence d’amplifier l’exode rural.

En 2002, 67% des Nigérians actifs travaillaient dans l’agriculture contre 30.6% en 2017, souligne la Banque mondiale.

Chômage

Un autre défi de taille que le gouvernement de Buhari doit relever est la question du chômage qui touche aujourd’hui 30% de la population, d’après des chiffres de l’Agence nationale des statistiques (NBS, sigle en anglais).

Une situation d’autant plus alarmante que les prévisions avancent une hausse de ce taux qui pourrait tourner autour de 33%, a souligné le ministre du Travail et de la Productivité, Chris Ngige.

« Le taux de chômage ainsi que la pauvreté sont toujours dans une courbe ascendante en dépit des multiples interventions publiques », a souligné M. Ngige dans un entretien avec le quotidien local ‘’Thisday’’ début mai 2019.

Des propos d’autant plus inquiétants que le plan national de relance et de croissance économique (ERGP, sigle en anglais) en plus de ces ambitions en termes d’autosuffisance alimentaire et énergétique, s’est aussi fixé comme objectif de créer au moins 15 millions d’emplois.

Une recherche effectuée par Ouestafnews permet de constater que de 1972 à aujourd’hui, au moins 14 programmes publics destinés à « réduire la pauvreté » et à augmenter la croissance ont été déroulés, en vain, au Nigeria par l’Etat fédéral.

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