Can de football 2010 : la gaffe de la CAF (Editorial)

Par Hamadou Tidiane SY*

« Le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou », a-t-on coutume de dire.
Eh bien, le pouvoir absolu de la Confédération africaine de football (CAF) et de son président, Issa Hayatou, pour ne pas le nommer, a produit ses effets.

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Contre toute attente, la CAF a donc pris la décision insensée de suspendre le Togo pour deux éditions de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) prévues en 2012 et 2014.

La décision fait suite au retour précipité au pays de l’équipe togolaise dans des conditions plus que tragiques à la veille de la Can 2010 qui vient de s’achever en Angola .

La décision de la CAF est une décision insensée, qu’aucune personne douée de raison ne peut justifier. Mais les effets (méfaits ?) du pouvoir absolu sont passés par là.

S’ils ne s’étaient pas laissés enivrés par le pouvoir que leur confère leur statut à la CAF (une vraie pieuvre au pouvoir de plus en plus tentaculaire), on voit mal Issa Hayatou et ses affidés vouloir justifier l’injustifiable : suspendre une équipe nationale de football dont le seul tort a été de préférer le deuil de ses compatriotes tombés sur le « champ de bataille » plutôt que de faire plaisir aux sponsors qui ont payé cash pour le spectacle et la vente de leur « camelote ».

Oui, les matches de la Coupe d’Afrique des nations au-delà du plaisir légitime, de l’enthousiasme généralisé et parfois de la folle passion qu’ils soulèvent sont devenus une affaire d’argent. Ni plus, ni moins.

Dans cette affaire on peut tout reprocher au gouvernement togolais sauf d’avoir pris la décision la plus sage en des moments de tristesse et douleur pour toute une nation…

De même que toute l’Afrique a compati à la douleur du peuple togolais, c’est toute l’Afrique qui est stupéfaite, choquée et révoltée d’apprendre que la Caf a pu commettre pareille gaffe.

Sauf pour les non initiés, l’argument de « l’ingérence » ou de « l’interférence » du gouvernement togolais dans les affaires de la Fédération togolaise de football ne peut donc prospérer.

Il ne s’agit que d’un alibi pour se venger des trois petits matches non joués et donc non retransmis par les télévisions et qui pour les sponsors sont autant de spectateurs et de téléspectateurs (comprenez aussi clients potentiels) perdus… Or on le sait, la CAN, c’est aussi le business des sponsors!

En réalité la décision contre le Togo, n’est que le summum de la dérive de la CAF. Autorité chargée de gérer le football africain, l’institution est devenue au fil des ans et des enjeux financiers un petit club de privilégiés qui n’en font qu’à leur tête.

Sinon, comment peut-on raisonnablement reprocher à un gouvernement « l’ingérence » dans une affaire qui le concerne au premier point ? Qui est garant de la souveraineté d’un pays ? Qui finance la participation des équipes nationales aux Coupes d’Afrique ? Qui est le premier responsable des drapeaux et des couleurs d’un pays – ces symboles nationaux, sous lesquels évoluent les équipes nationales lors des compétitions ?

La décision infondée et insensée contre le Togo devrait servir de signal pour sonner le holà devant la pieuvre hideuse qu’est devenue la CAF et qu’il faut arrêter avant que le monstre ne phagocyte nos institutions et ne nous dévore tous.

La CAF et le football africain doivent être au service de l’Afrique et des africains, et non au service d’intérêts particuliers et de clans aux relents mafieux.

Avant l’affaire des nos pauvres frères togolais, il y a eu le scandale des droits exorbitants réclamés aux télévisions africaines pour la retransmission des matches.
Il s’agit d’un autre scandale qu’il convient de dénoncer et d’arrêter au plus vite.

Car ici aussi, comment comprendre qu’on puisse soutirer des milliards de FCFA à des télévisions africaines qui peinent à payer des salaires ou à trouver un bon véhicule de reportage pour leurs agents ? Ce n’est pas la faute de la CAF, admettons le, mais quand même le chantage de la CAF contre nos télévisions doit cesser !.

D’ailleurs, ces télévisons pour peu qu’elles fassent preuve d’imagination et de solidarité entre elles auraient pu très facilement imposer leur volonté à la CAF et changer les termes de la négociation.

Il ne faut pas se leurrer : si les sponsors se bousculent et avancent si généreusement des fonds à la CAF, c’est parce que la CAF leur promet des dizaines de millions de téléspectateurs. Or, pas de retransmission, pas de sponsors, et pas de sous pour la CAF.

En attendant d’en arriver là, c’est à toutes l’Afrique qui est interpellée. C’est à tous les gouvernements africains de se sentir solidaires du Togo pour désormais engager la bataille et exiger l’assainissement au sommet de la CAF.

Pour que le football africain redevienne l’affaire de tous les Africains et non d’un petit clan dont les membres sont de plus en plus grisés par les pouvoirs exorbitants que leur confère leur position à la CAF.

*Hamadou Tidiane SY, est le fondateur d’Ouestafnews.