Compétitivité : ‘’la dévaluation du franc CFA n’est pas une panacée’’, selon deux économistes


Par APS

‘’Cette solution (le changement de parité) n’est certainement pas une panacée. En effet, la dévaluation du franc CFA n’est pas la solution face au problème de compétitivité, y compris pour la filière coton confrontée aux subventions des pays riches’’, répondent-ils dans un entretien avec l’hebdomadaire parisien Marchés tropicaux et méditerranéens.

De plus, signalent-ils, ‘’la dévaluation est une politique de court terme alors que les doubles déficits (NDLR : déficit du budget et déficit du commerce extérieur) dont souffrent la plupart des pays de la zone franc ont des causes structurelles’’.

Enfin, poursuivent les deux monétaristes, ‘’s’il faut dévaluer à cause de la hausse de l’euro, que fera-t-on demain si l’euro baisse ?’’.

‘’La dévaluation de 1994 a eu des effets sociaux tellement terribles que les dirigeants africains ne sont pas prêts à s’exposer à des troubles aux conséquences imprévisibles. En outre, la dévaluation pourrait entraîner un éclatement des pays de la zone franc entre les exportateurs et les autres’’, prédisent Kerfalla Yansane et Joachim Lama.

Le rattachement du franc CFA à l’euro découle de son rattachement à initial au franc français. Sur décision du conseil européen, le 23 novembre 1998, au passage à l’euro (en 1999), la permanence des accords de coopération monétaire est assurée.

‘’La parité du franc CFA/euro, héritée de l’indexation sur le franc français garantit la convertibilité du franc CFA dans toutes les monnaies étrangères et, partant, la stabilité monétaire et des prix’’, soulignent-ils.

‘’De nos jours, constatent-ils, face à la forte appréciation de l’euro face au dollar et à la surévaluation du franc CFA qui en résulte, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer non pas la dévaluation, dont les conséquences sont redoutées, mais une certaine flexibilité dans le système, car le maintien du statu quo n’est plus possible’’.

L’ancien banquier central et le macro-économiste tiennent à souligner que la croissance économique des pays de la zone franc, environ 3,1% en 2006, est handicapée par la hausse de l’euro et se situe loin en-deçà de la moyenne de l’Afrique subsaharienne qui est de 5,5%.

Selon eux, ‘’l’une des solutions avancées pour sortir de l’impasse serait, comme le préconise Serge Michailof, de +raccrocher le franc CFA à un panier de monnaies non seulement l’euro, mais aussi le dollar et le yuan (chinois)+’’.

Une telle solution permettrait aux pays de la zone de procéder à des ajustements périodiques de faibles ampleurs, pour adapter leur monnaie et leurs économies à l’évolution de la conjoncture.

En outre, ajoutent les analystes, ‘’l’accrochage à un panier de monnaies permettrait aussi de prendre en compte les transformations intervenues dans les relations internationales, et la diversification inévitable des échanges entre l’Afrique et le monde’’.

‘’Le système de panier de monnaies faciliterait sans aucun doute le rapprochement entre la zone CFA et la seconde zone monétaire au sein de la CEDEAO en particulier et en Afrique en général.’’