Corruption : Diezani Alison-Madueke, symbole de la mal-gouvernance au Nigeria

Ouestafnews – Diezani Alison-Madueke (56 ans) : ce nom à lui seul résume le niveau alarmant atteint par la corruption au Nigeria, une pratique que le président Muhammadu Buhari s’est engagé à éliminer depuis son arrivée au pouvoir.

A lire les décomptes de la brigade anti-corruption, l’EFCC (Economic and Financial Crimes Commission), les biens et sommes saisis, supposés appartenir à l’ex- ministre du Pétrole de l’ex-président  Goodluck Jonathan, donnent le tournis.

La chute de Mme Alison-Madueke, débute il y a deux ans à Londres, quand elle fut arrêtée pour des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent. Elle fut par la suite libérée contre le versement d’une caution.

Cet évènement, survenu quatre mois seulement après l’arrivée au pouvoir de Buhari, allait être le début d’une longue série de découvertes et de révélations sur la gestion de Mme Alison-Madueke, qui a occupé pendant cinq ans le très stratégique ministère du Pétrole sous Goodluck Jonathan.

Ragaillardie par la politique de « tolérance  zéro» du président Buhari, l’EFCC multiplie les investigations dirigées contre les pontes du régime sortant, et Diezani Alison-Madueke reste un cas emblématique.

Plus de 610 millions de dollars mal acquis

Selon l’EFCC, les biens supposés mal acquis de la dame, qui a par ailleurs été pendant un temps présidente de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), se chiffrent à 615 millions de dollars. De quoi pousser la Commission à lancer une course vers la recherche et le recouvrement des fonds.

Dernier épisode en date de cette entreprise : la découverte fin août 2017, de 21 millions de dollars logés dans une banque locale au nom de Mme Alison-Madueke. Des fonds qui, selon les enquêteurs sont issus de la compagnie nationale pétrolière, la NNPC.

Quelques jours auparavant, la justice américaine avait émis une ordonnance de confiscation de 21,4 millions de dollars appartenant à Diezani Alison-Madueke, qui en plus de l’enquête menée au Nigeria, reste dans le viseur de la justice britannique, américaine et italienne pour les mêmes accusations de corruption et de blanchiment d’argent.

Saisies record

En deux ans d’instruction, les enquêteurs américains comme nigérians ont saisi des biens hors de prix supposés appartenir à l’ex-ministre.  Parmi ces biens saisis par la justice américaine en juillet 2017 on compte un immeuble d’une valeur de 50 millions de dollars à New York et d’un yacht estimé à 80 millions de dollars.

Le 10 août 2017, l’EFCC annonçait de son côté la saisie d’une luxueuse propriété d’une valeur de 40 millions de dollars, appartenant à Mme Alison-Madueke en plus d’une cinquantaine de maisons d’un coût total de 9 millions de dollars.

« Elle est la plaque tournante de toute la corruption qui vient du secteur pétrolier. On attendait qu’elle soit arrêtée. C’est de l’argent qui vient de la NNPC », affirmait en 2015, Djibril Ibrahim, membre du Centre pour la démocratie et le développement.

Depuis l’élection de Muhammadu Buhari, Mme Alison-Madueke séjourne à Londres. La société civile qui s’intéressait à son cas depuis qu’elle était aux affaires, exige du gouvernement fédéral l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre.

Dans un communiqué lu par Ouestafnews, la Socio-Economic Rights and Accountability Project (Serap), une ONG locale, assimile les faits reprochés à Mme Alison-Madueke à un « crime contre l’humanité ». Elle exhorte les autorités à lancer un mandat d’arrêt contre elle par le truchement de la Cour pénale internationale (CPI).

Le 14 août 2017, face à la floraison d’accusations de l’EFCC, Mme Alison-Madueke, à travers une déclaration envoyée aux médias locaux, a nié avoir détourné de l’argent public.

« Je n’ai pas volé et ne volerai jamais de l’argent public », a-t-elle soutenu, précisant qu’elle ne viendra répondre devant les enquêteurs  que si « les conditions et les procédures d’usage sont respectées ».

Ancienne directrice à Shell Nigeria, Diezani Alison-Madueke est entrée pour la première fois au gouvernement en 2007, sous la présidence d’Umaru Yar’Adua.

Depuis, ce membre du Parti démocratique populaire (PDP), a connu une ascension fulgurante, occupant tour à tour les ministères du Transports, des Mines, de l’Energie et du Pétrole. Des portefeuilles stratégiques qu’aucune femme n’avait occupés auparavant. En 2014, elle devenait aussi, la première femme à la tête de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).