Corruption : l’Afrique de l’ouest s’enlise, le cap vert sauve l’honneur

Ouestafnews – Le Cap-Vert est le seul pays sur les 15 de la Communauté économique des Etats de l’Afrique l’Ouest (Cedeao) à se situer en dehors de la «zone rouge» de l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, publié ce jeudi 23 janvier 2020. Pour les autres, tous logés dans la partie basse du classement, reste englué dans ce mal, même si on observe des dynamiques différentes d’un pays à l’autre.

Avec une note de 58 sur 100 dans le dernier rapport de Transparency, le Cap-Vert progresse d’un point comparé au précédent classement. Le pays est ainsi le seul pays de la région Cedeao à se trouver hors de la zone rouge et à s’y maintenir pendant plus de trois années successives.

Hors de la zone rouge, se trouvent tous les pays qui ont un score supérieur ou égal à 50.

Les résultats du Cap Vert sont le fruit d’«une volonté politique de lutter contre la corruption», a déclaré à  Ouestaf News, Birahim Seck, le coordonnateur de l’ONG Forum Civil (antenne sénégalaise de Transparency international).

Connu pour sa stabilité démocratique sanctionnée par plusieurs alternances politiques qui se passe sans histoires, le Cap-Vert en plus de tenir le haut du pavé en Afrique de l’Ouest, affiche aussi un rang honorable au niveau continental où elle se retrouve 3è, n’étant devancé que par le Botswana et les Seychelles

Pour les autres pays de la sous région, l’histoire est différente.

Nigeria, Ghana, Côte d’Ivoire et Sénégal, les «grands» en hibernation

Au regard des résultats de l’indice d’année en année, on constate que les moteurs économiques de la Cedeao, notamment le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal présentent de piètres performances en matière de lutte contre la corruption.

Loin de la moyenne, le Nigeria, première puissance économique et démographique du continent affiche en 2019 un score de 26 points. Habitué à figurer dans le ventre mou de ce classement de l’IPC, le Nigeria perd même un point comparé à l’Indice 2018

La Côte d’Ivoire, le Ghana, et le Sénégal obtiennent respectivement 35, 41 et 45 points, soit exactement les mêmes scores que l’année dernière.

La stagnation d’un pays comme le Sénégal, qui affiche le même score depuis 2016 est le résultat d’un « affaiblissement réel de la volonté politique de lutter contre la corruption mais aussi à une situation de mal gouvernance, actée par un déficit criard de reddition des comptes ainsi qu’un accroissement de l’impunité», indique une déclaration du Forum Civil.

L’ONG a dénoncé le refus de la Cour des Comptes et de l’IGE (Inspection Générale d’Etat) de publier leurs rapports de contrôle», mais également de «l’inertie du président de la République face à la non publication des rapports et au refus d’un membre du gouvernement à répondre à la justice».

Mali, Niger, Burkina, Togo en baisse

Le Burkina Faso présente un score de 40 points, soit un de moins que l’année dernière. Dans ce pays, une ONG locale le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a fait état d’une montée en puissance de la corruption au sein des Douanes dans son dernier rapport annuel publié en octobre 2019.

Bien installé dans la zone rouge, le Mali affiche un score de 29 points (trois points de moins qu’en 2018) contre 32 pour le Niger (deux points de moins qu’en 2018). Le Burkina Faso, le Mali et le Niger font actuellement face à une crise sécuritaire profonde.

Toutefois, il faut signaler que pour le Mali, une vingtaine de personnes ont été écroués en septembre 2019 pour détournements de fonds publics à l’issue d’une enquête judiciaire. Affichant un score identique à celui du Mali, le Togo a chuté d’un point par rapport à 2018.

Petit bond de la Sierra-Leone, dégringolade libérienne

La Sierra Leone avec ses 33 points, bien que dans la zone rouge, a progressé de trois points par rapport à 2018. Elu en 2018, le président sierra-léonais, Juliuis Maada Bio a érigé la lutte contre la corruption en priorité pour son quinquennat.

Dans ce pays, qui se remet toujours d’une longue guerre vécue dans les années 90, une  opération de recouvrement de fonds publics détournés, suit toujours son cours et a été confiée à la Commission nationale de lutte contre la corruption (ACC, sigle en anglais).

La Guinée Bissau avec ses 19 points est le dernier de la classe au niveau régional. Le pays enregistre pourtant un petit gain de deux points en 2019. L’autre Guinée (Conakry) fait un gain d’un point.

Le Liberia, où des manifestations populaires contre la gestion du président Georges Weah ont lieu en ce début d’année, enregistre la plus grosse contre-performance au sein de la Cedeao avec une perte de quatre points. Dans ce pays, les manifestants ont dénoncé l’inefficacité du président actuel dans la lutte contre la corruption et la morosité économique ponctuée par un fort taux d’inflation.

Pour cette présente édition de son IPC (Indice de perception de la corruption) Transparency international a passé en revue 180 pays. Selon les explications de Transparency international, cet indice mesure la perception de la grande corruption dans le secteur public et dans la classe politique dans le monde avec en des données collectées auprès d’organisations multilatérales comme la Banque africaine de développement (Bad), la Plateforme de notation des risques pays, etc.

Basé à Berlin (Allemagne), Transparency International est une coalition qui lutte contre la corruption «à tous les niveaux et dans toutes les sociétés», peut-on lire sur son site officiel. Créée en 1993, elle est présente dans plus de 100 pays dans le monde.

ON-MN/