Côte d’Ivoire : le limogeage de responsables des médias publics condamné

"En l’espace de 72 heures", selon le journal ivoirien "Le Patriote" Laurent Gbagbo a limogé le directeur de "Fraternité Matin", dissous le Conseil d’administration de ce journal pro-gouvernemental et fait remplacer le directeur général de la Radio Télévision Ivoirienne (RTI).
Ces décisions font suite au différend opposant le chef de l’Etat ivoirien au premier ministre "de transition" Charles Konan Banny qui dans des déclarations diffusées par les médias publics avait dénoncé la décision du président Gbagbo de reconduire à leurs postes plusieurs responsables ivoiriens suspendus de leur fonctions par le premier ministre. C’était suite à leur mise en cause dans un scandale de déchets toxiques débarqués illégalement à Abidjan en août dernier et ayant occasionné la mort d’au moins une dizaine de personnes et la contamination de milliers d’autres.
En tant que service public, la RTI ne doit souffrir d’aucune sanction "pour la diffusion d’une déclaration émanant d’un responsable gouvernemental, sur une importante question d’intérêt public", a estimé Julia Crawford, responsable Afrique du CPJ.
"Ces actions entrent dans un cadre général marquée par la censure et des mesures de représailles contre la RTI", a ajouté Julia Crawford.
Le CPJ en appelle au président Gbagbo pour qu’il "réinstalle" dans leurs fonctions les responsables limogés de la RTI et permette à ce service public d’émettre ses programmes en toute liberté.
La Côte d’Ivoire vit une sérieuse crise politico-militaire ayant coupé le pays en deux depuis septembre 2002. Une partie sud sous contrôle gouvernemental et une partie nord sous contrôle d’un ex-mouvement rebelle.
Faute de pouvoir faire tenir des élections libres, la communauté internationale a prolongé par deux fois le mandat du président Gbagbo, arrivé à terme en 2005 et lui a adjoint un premier ministre de transition, en principe chargé de diriger l’exécutif, et que le président Gbagbo et ses partisans refusent, estimant qu’il s’agit d’une "violation" de la constitution ivoirienne.