Covid-19 au Mali : les hôpitaux entre bien et mal

L’Hôpital de Gabriel Touré de Bamako abrite l’un des quatre centres de prise en charge des malades de Covid-19 dans la capitale malienne. La pandémie semble lui avoir fait plus de bien que de mal.

Ouestafnews – Le Coronavirus est arrivé au Mali à un moment où les hôpitaux étaient pratiquement à terre, en termes d’équipements. Face à la pandémie, à Bamako comme dans les régions, certains hôpitaux ont vu leurs plateaux techniques améliorés. D’autres établissements ont aussi reçu un renfort en personnel soignant. Mais est-ce suffisant ?

Jeudi 22 octobre 2020. Il est 11 heures à l’Hôpital de dermatologie de Bamako, en Commune IV. Quelques motos sont garées dans la cour. Aucun patient au guichet. Les devantures des salles de consultation sont également désertes. Ce Centre hospitalier universitaire (CHU) fait toujours face aux conséquences de la maladie à coronavirus, huit mois après le premier cas de Covid-19 enregistré dans le pays.

« Le Covid-19 a impacté les autres activités hospitalières. Les fréquentations ont beaucoup baissé. Antérieurement, à pareille heure, les gens se bousculaient devant les portes », soutient Dr Mamadou K. Touré, chef du service d’anesthésie.

L’Hôpital de dermatologie de Bamako abrite l’un des quatre centres de prise en charge des malades de Covid-19 dans la capitale malienne. Point focal du Covid-19 à l’hôpital de dermatologie, Dr Touré affirme sans donner de chiffres que « l’impact du Covid-19 se ressent sur les recettes de son CHU ».

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Le Mali compte six Centres hospitaliers universitaires publics, six hôpitaux de « Niveau 2 » et 65 hôpitaux de niveau 1, selon Dr Abdoulaye Guindo, directeur général adjoint de la santé. En clair, Dr Guindo explique que « les hôpitaux de niveau 2 sont des structures où des Professeurs n’officient pas et sont moins équipés que les CHU.  Les niveaux 1 sont également moins équipés que les niveaux 2 et n’ont pas des services comme la réanimation ».

La plupart de ces structures sont sous équipés et manquent généralement de personnel. Dans un rapport intitulé « Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali », publié au mois de mai 2020, l’Organisation des Nations-unies regrette l’insuffisance du ratio médecin/population et surtout la mauvaise répartition du personnel soignant sur le territoire national.

Un mal nécessaire

Toutefois, l’impact du Covid-19 n’est pas que négatif. Il a d’ailleurs fait plus de bien que de mal au CHU de dermatologie, dernier né des hôpitaux de la capitale du Mali. Ce vaste pays d’Afrique de l’Ouest avec une population estimée à plus de 19 millions d’habitants, est confronté à une instabilité politique devenue chronique et à des attaques de mouvements armés depuis plus d’une décennie.

Dernière péripétie en date : la contestation politique enclenchée en juin 2020 qui a abouti au coup d’Etat du 18 août. Le premier impact négatif de ces soubresauts politiques sur la santé fut l’inexistence d’un ministère de la Santé du 11 juin au 5 octobre 2020. Et ceci a eu comme conséquence le retard dans la révision du budget des hôpitaux pour prendre en compte les dépenses liées à la prise en charge de la maladie à Coronavirus et le retard dans le paiement des agents contractuels.

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Inauguré en juin 2019, le CHU de dermatologie fonctionnait avec « un plateau technique indigne d’une structure de son rang », affirme Dr Touré.

Avant le Covid-19, la structure n’avait pas de lit de réanimation et les malades dans le besoin étaient transférés vers d’autres structures. « Avec le Covid-19, on a eu 6 lits de réanimation et 7 nouveaux lits d’hospitalisation ordinaire », affirme Dr Mamadou K. Touré.  Pour lui, le coronavirus a accéléré le processus d’équipement de son hôpital avec la création du service de réanimation.

L’Hôpital de dermatologie n’est pas le seul à avoir vu son plateau technique amélioré grâce à la maladie à Coronavirus. L’hôpital Gabriel Touré, l’un des centres hospitaliers universitaires de Bamako a également aménagé un bâtiment d’une capacité de 10 lits pour faire face au Covid-19.

« Ces 10 lits sont bien adaptés pour la prise en charge des patients. D’ailleurs deux d’entre eux sont spécialement réservés à la prise en charge des cas les plus graves », soutient Pr Samba Karim Timbo, point focal Codid-19 dans cette structure de santé.

Pr. Timbo précise que tous les 10 lits sont équipés de bouches d’oxygène, de circuit d’oxygène amélioré, de moniteurs et d’appareils qui permettent d’assurer la surveillance à distance de l’état de santé global du patient. Le Pr Timbo ajoute que les 8 autres lits peuvent être transformés en lits de réanimation. Ainsi, la capacité de cet établissement hospitalier situé en centre-ville de Bamako passe de 9 à 11 lits de réanimation. L’hôpital a acquis également un respirateur pour son centre de prise en charge de Covid-19.

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Dans les régions aussi

Dans les régions, des hôpitaux ont également vu leurs plateaux techniques améliorés. C’est le cas de l’hôpital de Tombouctou qui, de 92 lits avant la pandémie, se retrouve aujourd’hui avec 166 lits d’hospitalisation, selon Dr Djibril Kassogué, directeur de l’hôpital.

« La survenue du covid-19 nous a permis d’identifier les insuffisances notoires particulièrement en ressources humaines, en équipements, en infrastructures et ressources financières pour faire face à cette pandémie. Ce qui a nécessité une mobilisation à tous les niveaux ayant conduit à la création d’un centre de traitement avec 74 lits.

Ce centre est composé de deux bâtiments et de 13 tentes aménagés sur 02 hectares. Il y a eu l’achat de 03 respirateurs et un autre reçu de donateur (pour l’ambulance), l’achat de 08 extracteurs d’oxygène et de nombreux moniteurs de surveillance », détaille Dr Djibril Kassogué.

En plus de l’acquisition de nouveaux matériels, l’hôpital de Tombouctou a renforcé son personnel avec « le recrutement de 12 infirmiers pour renforcer les 08 médecins et 07 infirmiers déjà en place », ajoute Dr Kassogué.

Le Mali compte en moyenne 0,6 personnel de santé (infirmiers, médecins) pour 1 000 habitants. La norme établie par l’Organisation mondiale de la santé est d’au moins 2,3 pour 1000. En outre, la distribution géographique du personnel est très inégale : « Bamako dispose de près de 2 personnels pour 1000 habitants contre moins de 0,3 à Taoudénit, Gao, Sikasso et Mopti », selon le même rapport de l’Onu sur l’analyse  des impacts socio-économiques du Covid-19 au Mali.

Mais toujours des déficits

Ces statistiques alarmantes du rapport de l’Onu ne devraient changer que très peu, au vu de la situation sanitaire globale, de la lenteur et de la faiblesse des investissements réalisés.

L’hôpital de Point G à Bamako abrite le plus grand site de traitement de Covid-19 au Mali avec une capacité d’accueil de 100 patients. « Le centre compte 10 lits équipé chacun de moniteur multiparamétrique. Nous disposons également d’une dizaine de respirateurs », affirme Pr Yacouba Toloba, responsable du centre, sans préciser le nombre exact de respirateurs.

Au début de la pandémie, cet hôpital avait dédié tous ses douze lits de réanimation à la prise en charge des malades du Covid-19, selon le professeur Toloba. Pour faire face à une éventuelle seconde vague de coronavirus, un nouveau bloc mobile de réanimation est construit près du centre de prise en charge de Covid-19, grâce à un don de la mission onusienne pour la paix au Mali (Minusma).

D’après le Pr Toloba ce bloc mobile de réanimation devait être opérationnel, début septembre 2020, mais il n’est malheureusement pas encore réceptionné.  « Nous sommes dans cette phase de transition et nous nous débrouillons autant que faire se peut pour prendre en charge les quelques cas de réanimation », fait remarquer le Pr Toloba.

Devant une telle situation, l’hôpital de Point G a souvent recours à la clinique privée Pasteur pour la prise en charge de certains cas de réanimation.

Du côté de la mission onusienne, on assure que les équipements y compris les respirateurs artificiels ont effectivement été commandés dans le cadre de cet appui et seront livrés très prochainement.

« Comme vous le savez, les procédures avaient été ralenties avec la fermeture des frontières dans le cadre de la lutte contre la propagation du Covid-19 dans la région et à cause aussi de l’embargo de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) contre le Mali après le putsch militaire », justifie Myriam Dessables, directrice communication stratégique et information publique de la Minusma, dans un échange par courriel en date du 04 novembre 2020. En ce moment, le Mali était encore sous embargo.

Le Nouveau bloc de réanimation offert par la Minusma au CHU/Photo : Ouestaf News.

Cet embargo avait été imposé au Mali par la Cedeao au lendemain du coup d’Etat militaire du 18 août et levé le 05 octobre après la nomination d’un président de transition civil et d’un Premier ministre civil.

Toutefois, poursuit Mme Dessables la Minusma continue de suivre «la procédure d’achat et de livraison avec attention, car le virus continue de sévir dans le pays ».

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Fonds étatiques attendus

Hormis cette assistance de l’Onu, l’amélioration des plateaux techniques se fait grâce un prêt de 7,740 milliards de francs CFA que l’Etat malien a contracté auprès de l’Association internationale de développement, la branche de la Banque mondiale dédiée aux pays les plus pauvres. Le projet de loi portant ratification dudit prêt a été approuvé par l’Assemblée nationale, le 11 juin 2020.  Toutefois, les responsables de certains hôpitaux disent n’avoir rien reçu jusqu’à présent. Les structures sanitaires continuent de souffrir du déficit d’équipements.

A Mopti par exemple, le CHU de la région n’a qu’un seul respirateur pour toute une région qui dépasse deux millions d’habitants. « Ce respirateur est à la réanimation », confie Dr Abdoulaye Traoré, responsable du centre de traitement Covid-19 de l’hôpital régional de Mopti.

Considéré comme le plus grand hôpital public du Mali, le CHU de point G de Bamako est quant à lui sans service d’imagerie médicale depuis plus d’une année. « Le scanner et la radiologie de l’hôpital sont en panne », constatait, le 23 octobre, le ministre de la Santé Dr Fanta Siby au cours d’une visite.

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