Dakar, Cotonou et Niamey : sale temps pour les maires

Ouestafnews -Accusés de détournement de deniers publics, malversations entre autres actes de mauvaise gestion, les maires des villes de Dakar, Cotonou et de Niamey ont vécu une année 2017 difficile. Si à Dakar, un suspense demeure dans le cas de Khalifa Sall qui attend en prison l’ouverture de son procès prévu le 03 janvier 2018, par contre ses homologues de Cotonou et de Niamey ont, eux, été déjà évincés par décrets présidentiels.

Arrêté le 7 mars 2017, le maire de la capitale sénégalaise (Dakar), Khalifa Sall, a été inculpé pour « association de malfaiteurs, détournement de deniers publics et escroquerie portant sur les derniers publics, faux et usage de faux dans des documents administratifs », entre autres.

Quatre jours avant, le procureur de République, Serigne Bassirou Guèye annonçait l’ouverture d’une information judiciaire contre le maire de Dakar, invoquant un détournement présumé d’environ 1,8 milliard FCFA.

Une décision consécutive à un rapport de l’Inspection générale d’Etat (non encore déclassifié). Citant le rapport, le procureur a soutenu que  ce montant a été « pris des caisses » de la mairie, «sans justifications».

Victime d’une ambition politique?

Lors de son audition par le juge d’instruction, l’édile de la capitale sénégalaise a récusé ses accusations, indiquant  n’avoir « jamais détourné le moindre denier public».

«Je suis un ordonnateur de crédits et non un comptable public, de sorte qu’il ne peut m’être demandé la production de justificatifs de dépenses», s’était défendu Khalifa Sall, dans un entretien avec le magazine panafricain, Jeune Afrique.

M. Sall est un dissident du Parti socialiste (PS), une formation dirigée par Ousmane Tanor Dieng et alliée du pouvoir.

Selon ses partisans qui dénoncent une « affaire politique »la posture de futur candidat à la présidentielle de 2019 de Khalifa Sall lui vaut ses déboires actuels.

«Les pouvoirs centraux, les gouvernements, les présidents de la République ont tous envie de contrôler les élus locaux et les collectivités territoriales », estime l’expert en décentralisation et en gouvernance locale, Frank Kinninvo dans un entretien accordé à la West Africa Democracy Radio (WADR).

«Dans la plupart de nos pays, il y a des mécanismes pour mettre un terme aux mandats des maires (…) et je crois que les pouvoirs centraux ne se privent pas d’en abuser », a indiqué M. Kinninvo.

Niger : l’exécutif, bourreau des maires

«Monsieur Assane Seydou, maire, président du conseil de ville de Niamey est révoqué de ses fonctions », annonce le communiqué d’un conseil des ministres tenu le 20 juillet 2017 sans s’attarder sur les raisons officielles. Une décision qui n’a pas surpris outre mesure les observateurs qui savaient le maire de Niamey dans le collimateur de la présidence.

Le maire de Niamey, selon les médias nigériens a été épinglé par un rapport de l’inspection du ministère de l’intérieur l’accusant de plusieurs actes de mauvaise gestion dont un détournement de 21 milliards FCFA. Il est également reproché à Assane Seydou, d’avoir provoqué un endettement de 24 milliards FCFA de sa mairie.

En 2013, son prédécesseur Oumarou Dogari, avait connu un sort identique, destitué lui aussi par décret présidentiel pour mauvaise gestion.

Malversations et détournement présumés ont couté à leur poste à beaucoup de maires au Niger. Au total six ont été destitués

Le double défaite de Léhady Soglo

Le 02 août 2017, le maire de Cotonou, Léhady Soglo franchissait un autre palier dans sa descente aux enfers après son éviction de la tête de son parti, Renaissance du Bénin (RB) fondé par son père l’ancien président Nicéphore Soglo.

Le communiqué du conseil des ministres qui annonce finalement sa destitution l’accuse de « mauvaise gestion de la mairie ».

A son Soglo fils il a été reproché des « primes de maintien d’ordre octroyées au seul maire, l’augmentation de plus de 100% des frais de représentation en 2017 sans délibération du conseil municipal,  la vente non conforme au prix référentiel d’une partie du domaine public ».

Il lui est également reproché « l’attribution abusive d’une voie publique aux fins d’habitation, des irrégularités dans les passations des marchés publics et la nomination du personnel », précise la même source.

Dans les prochaines semaines, des élections sont prévues à la mairie de Cotonou pour la succession de Léhady Soglo qui s’est jusqu’ici défendu en arguant d’un « acharnement politique » orchestré par le pouvoir incarné par le président Patrice Talon.

Vers un observatoire des « maires en danger »

Le Conseil de Paris a émis, dans un communiqué daté du 12 décembre 2017, le vœu de mettre en place, dans le but d’engager des démarches au plan international, un « observatoire international des maires en danger ».

«Nous appelons les autorités nationales à respecter les principes reconnus de l’Etat de droit. Pour se faire, nous souhaitons la création d’un observatoire international des maires en danger », a annoncé l’adjoint à la mairie de Paris en charge des relations internationales et initiateur du projet, Patrick Klugman, cité par le document.

Cet observatoire, selon M. Klugman, aura pour « vocation d’assurer la veille des atteintes aux élus locaux et la protection de leurs droits ».

Le Conseil de Paris a aussi dénoncé l’arrestation du maire de Dakar, Khalifa Sall, qui selon le communiqué, est «emprisonné à cause de son bilan et de ses ambitions politiques, élu député depuis sa prison, a vu le paiement de sa caution refusée…»

Une sortie du Conseil de Paris qui a vexé l’Alliance pour la république (APR, parti au pouvoir) qui par la voix de son porte-parole a dénoncé «l’arrogance de Mme Hidalgo (mairesse de Paris) face à la souveraineté du Sénégal, de son peuple et de ses institutions, notamment judiciaires »

Rappelons que le maire de Dakar est l’actuel secrétaire général de l’Association internationale des maires francophones.

ON/mn/ad