Décès de Kader Diop : la presse sénégalaise salue un chantre de l’éthique journalistique

Remise de Diplôme de Reconnaissance pour « services rendus » au journaliste/formateur Kader Diop (au milieu) par l’école de journalisme E-jicom, décembre 2018/ Photo : E-jicom.

Ouestafnews – Professionnalisme, rigueur, humilité, intégrité, responsabilité, etc., les témoignages sont unanimes, suite au décès du journaliste Kader Diop à l’âge de 77 ans. Journaliste, formateur et un des doyens de la presse sénégalaise. « Pa Kader », comme l’appelaient affectueusement ses jeunes étudiants, aura marqué plusieurs générations de journalistes.

« Beaucoup parlent d’une perte immense, je pense qu’il nous faudra des années pour en mesurer l’ampleur » : ce sont les propos confiés à Ouestaf News par Coumba Sylla, qui a travaillé pendant des années avec Kader Diop au bureau régional de l’Agence France Presse (AFP) à Dakar.

Cinq jours après le décès, Mme Sylla reste inconsolable. Elle peine à trouver ses mots pour parler de celui qu’il considère — en dehors des relations professionnelles qu’ils ont eues — comme un père. Des relations très étroites, empreintes d’une grande estime, que la journaliste continue d’ailleurs d’entretenir avec la famille du défunt.

Ancien adjoint au chef du bureau de l’AFP à Dakar, Kader Diop a toujours fait preuve de « rigueur professionnelle » et ne badinait pas avec « les règles d’éthique », témoigne Cellou Diallo, photo-journaliste à l’AFP, qui a longtemps travaillé avec le défunt avant le départ de ce dernier à la retraite.

Cité par l’Agence de presse sénégalaise (APS), Cellou Diallo, également resté proche de lui, souligne que Kader ne mettait jamais de gants quand il s’agissait de dire la vérité, rappelant sa connaissance de la société sénégalaise et du continent africain. Il n’avait pas de soucis à gérer les correspondants dont il avait la charge, quelle que soit la distance où ils se trouvaient.

« Les conflits, les guerres, les crises, les tensions, n’avaient plus de secret pour ce discret et fin observateur, jamais pris en défaut de lucidité », souligne le journaliste Mamadou Ndiaye, directeur du Numérique et de la communication à E-medias, qui est également passé par l’AFP.

Dans son témoignage M. Ndiaye note qu’à « équidistance des pouvoirs, Kader entretenait les meilleures relations avec les acteurs sans toutefois tomber sous leur charme ». Kader Diop laisse derrière lui un lourd héritage et un « vide », témoigne un autre de ses anciens collègues à l’AFP, Hamadou Tidiane Sy, par ailleurs fondateur d’Ouestaf News et de l’E-jicom. Kader Diop a enseigné dans cet établissement et y a encadré des étudiants jusqu’à la fin de sa vie.

« Formateur infatigable, modèle de droiture et d’humilité, il s’en va et nous laisse un grand vide, après avoir encadré et accompagné des générations de journalistes », écrit M. Sy sur sa page Facebook. Hamadou Tidiane Sy qui est resté très lié au défunt journaliste, évoque le souvenir d’un « homme droit, juste et généreux » qu’il considère comme un mentor.

« Un journaliste de talent, rigoureux et intègre qui aura, avec brio et discrétion, offert sa vie, toute sa vie, à cette profession. Il a de son vivant obtenu la reconnaissance de ses pairs. C’est tout dire », témoigne le directeur de l’E-jicom. Cet établissement basé à Dakar avait d’ailleurs tenu, en décembre 2018, à décerner un diplôme de reconnaissance à Kader Diop de son vivant pour « services rendus à l’E-jicom » et au journalisme sénégalais.

« C’était un homme de valeur à tout point de vue », renchérit Serigne Adama Boye cité par l’APS. M. Boye a travaillé avec lui de 2004 à 2005 au défunt quotidien Le Journal. Il insiste sur sa « probité morale ».

Pour le journaliste Momar Dieng, le doyen Kader est « un modèle de rigueur dans le recoupement des éléments journalistiques. Un As de la belle écriture ».« Taquin, drôle et discret à la fois, Kader était tout autant un confident qui vous démêlait vos petites emmerdes en deux mots », rappelle Momar Dieng, sur sa page Facebook.

Pour l’ancien directeur général de l’APS, Mamadou Koumé, il s’agit d’une perte pour sa famille et pour la presse sénégalaise. Il se souvient d’un homme d’une « très grande rectitude morale » et « d’une très grande probité intellectuelle ».

« C’était un immense journaliste aussi bien de la radio, de la télévision que de la presse écrite. Il faisait partie des pionniers de la Radiotélévision nationale dès les débuts de l’indépendance », a témoigné l’ancien directeur de la Radiodiffusion nationale puis de la télévision nationale (1977-1984), Pathé Fall Dièye, également cité par l’APS.

Et selon M. Dièye, Kader Diop était de « la rédaction du journal parlé dans laquelle il s’est illustré par sa précision de ses papiers, par son engagement journalistique, son sens du devoir et surtout par la justesse de ses analyses (…) ».

Dans les années 1970, M. Diop, a fait partie également du desk sportif de Radio Sénégal, avec comme spécialités le basketball et le volleyball.

Kader Diop a fait ses études de radio en France au studio-école de Maisons-Laffitte qui, à l’époque, formait tous les journalistes et animateurs de programmes de radiodiffusion des pays francophones.

A la fin de sa carrière à l’AFP, Kader Diop s’est vue confier la présidence du Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (Cred), devenu Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de la déontologie dans les médias (Cored).

D’ailleurs le Cored a sorti un communiqué, pour témoigner de son « ouverture, de sa générosité dans le partage de son savoir et de son expérience, qu’il prodiguait à tout le monde ».

Selon le Cored, « malgré la santé fragile ces dernières années, il (Kader Diop) répondait à toutes les invitations des confrères sur les questions de formation », surtout lorsqu’il s’agissait de parler de « l’éthique et de la déontologie des journalistes ».

Il est vrai que ces dernières années, « Pa Kader », consacrait une grande partie de sa vie à la formation et à l’encadrement dans les écoles de journalisme dont le Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) et l’E-jicom, où il enseignait.

« J’aurais bien aimé avoir une excellente plume pour trouver les qualificatifs qu’il faut, afin d’écrire un texte à la hauteur de votre personne : le journaliste talentueux que vous étiez », écrit la jeune journaliste membre de la rédaction du quotidien L’Enquête sur sa page Facebook. Mariama Dièmé, diplômée de l’Ejicom, a appris le métier sous l’aile de « Pa Kader ».

« Pour écrire un bon texte journalistique, on n’a pas besoin de chercher des mots extraordinaires pour montrer à nos lecteurs +qu’on a fait des études supérieures+. C’est ainsi, qu’il caricaturait les choses pour nous inviter à écrire des phrases simples », ajoute Mariama dans un texte émouvant qui traduit bien les relations que Kader Diop entretenait avec ses étudiants.

« Il nous apprenait le journalisme d’agence mais dans la plupart de ses cours, il nous parlait de la déontologie » dans le métier, se remémore le journaliste à la Télévision Futurs médias, Chérif Diao, à l’annonce du décès de « Pa Kader » sur la chaîne, avant d’ajouter que le Sénégal vient de « perdre un monument ».

ON/mn