Décès de Samir Amin : l’Afrique salue la mémoire d’une figure emblématique

L'économiste Samir Amin est décédé le 12 août 2018 à Paris (France). Photo/Xalima

Ouestafnews – «L’engagement de Samir, date du lycée et il n’a jamais vacillé»! Ce témoignage d’un de ses compagnons aurait pu résumer la pluie d’éloges que reçoit depuis l’annonce de son décès, l’économiste Samir Amin, figure emblématique de la lutte pour l’émancipation des peuples d’Afrique et du tiers-monde.

A l’unanimité, on salue sa constance dans les luttes et les causes qu’il avait faites siennes.

Figure tutélaire du mouvement altermondialiste, cet économiste franco-égyptien s’était établi à Dakar d’où il menait ses multiples activités. Il est mort à Paris le 12 août 2018 à l’âge de 87 ans.

«Samir, c’est l’engagement précoce, la stature intellectuelle, et le bâtisseur», souligne Dr. Demba Moussa Dembélé dont il fut le mentor avant d’en être le compagnon. M. Dembélé se plait à rappeler les institutions créées sous la férule de cet homme d’action, et notamment le Conseil pour le développement de la recherches en sciences sociales en Afrique (Codesria) et aussi l’ONG Enda Tiers-monde dont il fut le co-fondateur.

Engagement et conviction

Joint par Ouestaf News, le Président du forum social sénégalais, Mignane  Diouf, salue la mémoire d’un homme qui s’est singularisé par sa «constance dans le militantisme» et son «engagement total» pour le tiers-monde.

«Cet économiste de talent a gardé cette ligne d’intervention jusqu’à sa mort», ajoute M. Diouf.

Président du Forum mondial des alternatives, directeur du Forum du tiers monde à Dakar, Samir Amin laisse derrière lui l’image de l’infatigable intellectuel, engagé dans la lutte contre l’impérialisme.

Alors étudiant à Paris, il animait déjà, un magazine titré «Etudiants anticoloniaux», avec un cercle de condisciples.

Diplômé en sciences politiques et en économie dans les 1950, il accompagne son militantisme anti-impérialiste par une importante production intellectuelle et bibliographique. Ceci après avoir soutenu en 1957, une thèse sur les mécanismes qui engendrent le sous-développement.

Il laisse à la postérité une quarantaine d’ouvrages, dont certains traduits dans une dizaine de langues à travers le monde. «Le développement inégal», «L’implosion du capitalisme contemporain»  ou encore «Pour un monde multipolaire», figurent parmi ses plus célèbres ouvrages.

Postérité et héritage

Président de l’Institut des Futurs Africains (IFA), le Prof. Alioune Sall parle de la perte d’un «bel esprit ». «Sur près de 60 ans, il a renouvelé la pensée sur le développement avec un certain nombre d’écrits majeurs que l’histoire retiendra», témoigne le président de l’IFA, interrogé par Ouestaf News.

Sa critique du modèle néo-libéral ne lui a pas valu que des amis, dans certains cercles, l’homme fut souvent qualifié de «dogmatique». «Il ne l’était pas en fait, mais (était) plutôt un homme armé d’une conviction très profonde, et d’une grande capacité d’analyse, qu’il savait d’ailleurs partager», estime le Prof. Sall.

Socio-économiste et directeur du Centre Africain pour le Commerce, l’Intégration et le Développement (ENDA-CACID, organisme membre du réseau Enda tiers-monde), le Dr. Cheikh Tidiane Dièye estime de son côté que Samir laisse un «dense» et «épais» héritage.

«Il n’a pas seulement produit des idées qui traversent le temps. Il a  aussi créé des institutions qui façonnent encore des pensées et contribuent à la transformation qualitative de l’existence de milliers personnes dans le monde», indique Dr. Dièye sur sa page Facebook.

Une postérité qu’évoque aussi, Dr. Ndongo Samba Sylla, économiste, membre de la fondation Rosa Luxembourg. Appartenant à la «jeune» génération, Dr. Sylla sonne déjà la reprise du flambeau.

«A nous d’entretenir son legs et de poursuivre le combat qu’il a inlassablement poursuivi», préconise-t-il.

«Je suis un animal politique et je ne peux pas séparer ma trajectoire personnelle de ma réflexion intellectuelle, et de mes comportements et options politiques», disait Samir Amin dans un dialogue avec le Sénégalais Amady Aly Dieng, un autre économiste (disparu en 2015).

La postérité se souviendra aussi de cet homme, comme le principal  théoricien du «développement autocentré». Infatigable conférencier, orateur puissant, Samir Amin était dans le mouvement jusqu’au bout.

Le lancement le 25 juillet 2018 à Dakar du Rapport alternatif sur l’Afrique (RASA) en juillet 2018 aura été une de ces dernières batailles. Attaché à la capitale sénégalaise, il y vivait depuis plus de 40 ans. «Avec sa disparition, la pensée économique contemporaine perd une de ses illustres figures», a tenu à souligner le président Macky Sall dans un communiqué.

MN/on