Diplomatie : l’Afrique, le paradis perdu de Taïwan

Le siège de l'Union africaine à Addis-Abeba. Un édifice estimé à 200 millions de dollars financé par Pékin.

Ouestafnews – La présence diplomatique de Taïwan tire inexorablement à sa fin avec la défection du Burkina Faso intervenue, le 24 mai 2018. En moins de deux décennies, Taipei a succombé à la concurrence féroce de la Chine, devenue un acteur économique incontournable à travers le monde.

«Aujourd’hui, l’évolution du monde et les défis socio-économiques actuels de notre pays et de notre région recommandent que nous reconsidérions notre position», a déclaré le communiqué officiel, lu devant les médias par le chef de la diplomatie burkinabé, Alpha Barry.

Une rhétorique similaire maintes fois entendue, au cours de ces deux dernières décennies. Le 13 novembre 2013, la présidence gambienne parlait «d’intérêts nationaux stratégiques» pour expliquer la rupture avec Taipei.

Par «évolution» et «intérêts stratégiques», d’aucuns n’y voient en filigrane que la toute-puissance de la Chine devenue le premier partenaire économique du continent en un temps record, prenant la place des anciennes puissances coloniales.

Sous le magistère du président Blaise Compaoré, le Burkina Faso fut un allié fidèle de Taïwan. Les deux gouvernements entretenaient une coopération bilatérale dynamique, portant sur plusieurs domaines.

Diplomatie de la mallette

Aujourd’hui la donne a fortement changé. La Chine est devenue une actrice incontournable, voire virtuellement la première puissance économique mondiale. En plus pour les Africains, elle est un partenaire de choix au regard de sa coopération jugée efficace, mais qui inclut une règle tacite, rompre avec Taiwan.

Pour certains analystes, la Chine continentale use aussi de la diplomatie de la mallette qu’elle reprochait jadis à Taïwan. Cette défection progressive au profit de l’ogre chinois n’est pas uniquement le fait de pays africains.

Sur les 30 pays à travers le monde, qui au début des années 1990, entretenaient une relation diplomatique avec Taipei, on en compte aujourd’hui qu’une dizaine.

Selon la BBC, après avoir lâché Taiwan, le Costa Rica a eu comme compensation la construction d’un nouveau stadium d’une valeur de 100 millions de dollars. Ce qui n’est pas sans rappeler la construction du siège de l’Union africaine à Addis Abeba. Un édifice d’une valeur de 200 millions de dollars «gracieusement offert» par Pékin.

D’une superficie de 30 milles km2, l’île de Taïwan «sécessionniste» est une ancienne colonie japonaise que la Chine ne cesse de réclamer comme faisant partie de son territoire.

Le Swaziland, dernier refuge

Aujourd’hui avec le départ du Burkina Faso, le seul « ami » africain qui reste à Taipei, c’est le royaume du Swaziland.

La Chine a donc réussi en moins de deux décennies à noyer la politique africaine de son voisin. Entre 2000 et 2008, le Tchad, le Sénégal, le Liberia, le Malawi ont tour à tour lâché Taiwan, ensuite suivront la Gambie, Sao Tomé et aujourd’hui le Burkina. Avant eux, il y a eu l’Afrique du Sud, le Niger, le Tchad, la Guinée Bissau.

L’ambassadeur de la Chine au Sénégal, Zhang Xun a indiqué que son pays reste le «premier partenaire commercial» de l’Afrique pour la neuvième année consécutive.

«La Chine est restée, pendant les neuf dernières années, le premier partenaire commercial de l’Afrique où ses investissements, toutes catégories confondues, ont dépassé les 100 milliards de dollars américains », a affirmé le diplomate chinois, cité par l’Agence de presse sénégalaise, à l’issue d’une conférence de presse, tenue le 23 mars 2018 à Dakar.

MN/ts