Enseignement des sciences : faut-il changer de méthode ?

« La pédagogie transmissive tue la motivation et les compétences liées à l’esprit scientifique », a souligné le professeur belge Jean- Marie De Ketele lors d’une rencontre à Dakar en précisant que c’est là un constat partagé par toutes les académies nationales de sciences, qui à l’échelle mondiale préconisent une « pédagogie de l’investigation ».

Selon l’expert belge, les pays africains peuvent suivre l’exemple de pays dits aujourd’hui émergents comme la Chine où, en matière d’enseignement scientifique et technologique, le principe de base repose sur le fait que « plus que les connaissances, c’est le processus d’acquisitions qui importe le plus ».

« Avec la méthode transmissive on incite les élèves à la mémorisation sans faire le lien entre les différents enseignements qu’ils reçoivent », renchérit le psychologue canadien Jacques Tardif. Une préoccupation partagée par son collègue sénégalais, le professeur Abdoulaye Samb qui a en outre a souligné dans son exposé le lien entre pédagogie « transmissive et la « désaffection » actuelle des filières scientifiques. Cette « inappétence » peut être corrigée selon lui, si on initie de façon « constructiviste » les élèves à la science, et dès le jeune âge.

Les experts, réunis autour du thème « l’enseignement des sciences et de la technologie pour le développement de l’Afrique », ont fait montre d’une convergence de points de vue sur la nécessité d’adopter une pédagogie qui met l’élève au centre et non pas l’enseignant, contrairement à la méthode « transmissive » qui installe un rapport dogmatique entre les deux protagonistes.

« L’important c’est que l’enseignant arrive à se rendre inutile », a indiqué le professeur Odette Bassis en guise d’illustration, insistant sur « la nécessité pour l’élève de penser par lui-même et de construire une relation avec les autres ».

Le professeur béninois Mansourou Moudachirou lui est d’avis qu’en Afrique « notre enseignement ne prépare pas au développement », exposant l’exemple de son pays, où les bacheliers issus des séries scientifiques sont largement minoritaires. Il a indiqué que tous les scientifiques à la fin de leur formation veulent qu’on leur donne du travail, au lieu de le créer.

Ce panel tenu en marge d’un séminaire international sur l’enseignement des sciences et de la technologie organisé par l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) a aussi été le cadre d’un échange avec un public composé principalement d’étudiants et d’enseignants qui ont pour la plupart solliciter l’appui des autorités étatiques pour l’ équipement des laboratoires, le financement et la budgétisation de la recherche scientifique.

D’autres intervenants ont attiré l’attention des panélistes sur la nécessité de vulgariser et de contextualiser l’enseignement scientifique en intégrant les langues africaines.