Gambie: Jammeh cerné de toutes parts

Aussi bien en Gambie qu’à l’étranger, les initiatives restrictives se multiplient. Dernière en date : la mise en vente de son ranch composé de plusieurs milliers de têtes de bétail. En effet à travers un communiqué le gouvernement a annoncé une vente aux enchères du bétail de l’ex-dictateur, prévue du 31 décembre 2017 au 3 janvier 2018.
 
A travers une commission chargée d’enquêter sur les crimes économiques reprochés à Yahya Jammeh, il a été procédé à la saisie de l’ensemble des biens appartenant à l’ancien président sur le sol gambien. Dans ce lot, on compte une dizaine de maisons, des voitures de luxe et des comptes bancaires.
 
«Nous avons obtenu aujourd’hui une décision de justice gelant ou opérant une saisie sur les biens connus dans le pays du président Jammeh et les sociétés qui lui sont associées », déclarait le 22 mai 2017, le ministre de la Justice Abubacarr Tambadou.
 
Le même jour, M. Tambadou confirmait aussi une information qui avait beaucoup circulé à savoir le vol de plusieurs millions de dollars par le président Jammeh dans le sillage de son départ en exil.
 
« L’ex-président Yahya Jammeh a personnellement ou indirectement procédé au retrait illégal d’au moins 50 millions de dollars de la Banque centrale de fonds appartenant à l’Etat », avait déclaré M. Tambadou.
 
En Gambie, plusieurs commissions d’enquêtes sont à la trousse de l’ex-dictateur. En plus de celle chargée de faire l’inventaire de ses biens, le parlement a adopté le 13 décembre 2017, la Commission vérité et réconciliation.Celle-ci a pour rôle de faire la lumière sur  « toutes les violations des droits humains survenues entre l’arrivée au pouvoir de Yahya Jammeh en juillet 1994, et son départ en exil en janvier 2017 ».
 
Les Etats-Unis s’en mêlent
 
Décembre 2017 est le mois pendant lequel la traque de Jammeh s’est accélérée. Au-delà des initiatives prises par la justice gambienne, aux Etats-Unis, le Trésor américain vient de publier une liste d’une cinquantaine de personnalités « responsables d’atteintes répétées aux droits de l’homme ou de corruption et visées par des sanctions ». Une liste sur laquelle on retrouve Yahya Jammeh.
 
Le Trésor américain lui reproche des exactions (par l’entremise des services de renseignements, l’ex-NIA)  contre les journalistes et des hommes politiques. Il est également accusé d’avoir eu recours à une milice dénommée les «Junglers» pour «menacer, terroriser et tuer» des individus qu’il considérait comme une menace.
 
En plus des mesures du Trésor américain, les biens de Yahya Jammeh aux Etats-Unis ont été saisis, notamment une demeure située dans le Maryland et estimée à 3,5 millions de dollars.
 
Soif de justice
 
Les 22 ans de règne de Jammeh ont été marqués par une ruine de l’Etat de droit et de multiples atteintes aux droits humains. 

Au lendemain de son départ en exil, les victimes de son régime n’ont pas tardé à sonner la mobilisation.  Du 19 au 21 octobre 2017, les victimes soutenues par une multitude d’organisations de la société civile se sont réunies à Banjul pour mettre en place une stratégie destinée à traduire Jammeh devant la justice.
 
Aujourd’hui l’association des victimes compte 400 membres encouragés par des organisations comme Human Rights Watch et Article 19.
 
Pour l’avocat américain de HRW, il est impensable d’obtenir un procès sur sol équato-guinéen. « On voudrait amener la Guinée Equatoriale à l’extrader de préférence vers la Gambie (…). Mais il faudrait que le pouvoir judiciaire soit réformé », explique-t-il.
 
Reed Brody et HRW ont été les principaux artisans du procès de Hissène Habré, l’ex-président tchadien, finalement condamné en 2016 à la prison à vie par les Chambres africaines extraordinaires (CAE, une juridiction spéciale créée par l’Union africaine) à Dakar. Après avoir réussi le pari de la mobilisation, le prochain pari pour les victimes est de monter un dossier d’accusation solide.
 
 MN/ad