Guinée-Bissau : menaces sur la présidentielle

Le siège de l'Assemblée nationale populaire à Bissau. Image/rfi

Ouestafnews- Le blocage institutionnel en Guinée-Bissau qui empêche la nomination d’un premier ministre fait peser des risques sur l’organisation de l’élection présidentielle. C’est l’avis du chercheur Maurice Toupane dans un entretien accordé à Ouestaf News.

 Récurrente dans ce pays, la crise politique a refait surface avec le blocage de l’Assemblée nationale populaire dont le bureau n’est toujours pas fonctionnel, deux mois après l’issue des législatives remportées par le parti au pouvoir.

«Le blocage institutionnel qui résulte de ce nouvel épisode fragilise davantage la situation socio-économique et risque de compromettre, s’il persiste, l’organisation de l’élection présidentielle», a déclaré M. Toupane, chercheur, spécialiste de la Guinée-Bissau à l’Institut d’études de sécurité (ISS).

Conformément à la Constitution, la présidentielle est prévue entre le 23 octobre et le 25 novembre de l’année correspondant à la fin du quinquennat présidentiel. Le mandat du président José Mario Vaz prend fin le 23 juin 2019.

Pour M.Toupane, il y a un risque que «le pays s’installe dans un vide institutionnel (qui) rendrait beaucoup plus difficile la résolution de cette nouvelle impasse».

Avant la tenue des élections législatives du 10 mars 2019, de fortes dissensions au sein du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et Cap-Vert (PAIGC, parti au pouvoir) avaient déjà donné le signal, mais en réalité le pays n’est jamais vraiment sorti de cette nouvelle crise, née de la destitution en août 2015 du Premier ministre Domingo Simões Pereira par le président José Mario Vaz. Tous deux sont du même PAIGC.

Nouveau venu et impasse

Les élections législatives qui devaient permettre de sortir de l’impasse n’ont pas eu l’effet escompté.

La mise en place du bureau de l’Assemblée nationale Populaire (ANP), préalable à la nomination du Premier ministre, et à la composition du gouvernement donnent lieu à une querelle entre la majorité du PAIGC et le Mouvement pour l’alternance démocratique – G15 (Madem-G15), arrivé en seconde position lors des dernières législatives.

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Le rejet par le PAIGC de la candidature de Braima Camara, coordinateur de ce Mouvement, au poste de deuxième vice-président de l’Assemblée nationale populaire est à la base du blocage actuel.

Selon les textes de l’ANP, ce poste revient de droit au parti arrivé en seconde position des élections législatives, ici le Madem-G15, un mouvement nouvellement créé et composé essentiellement de dissidents du PAIGC. En outre, le Madem- G15 refuge catégoriquement de proposer un autre candidat à la place de Camara.

Pour l’instant difficile d’entrevoir une porte de sortie à ce blocage de l’activité parlementaire. Surtout que le Madem-G15 a aussi vu son recours dénonçant une violation du règlement intérieur de l’ANP, rejeté par la Cour suprême.

«Cette situation s’inscrit dans le prolongement de la crise d’août 2015 survenue après le limogeage de l’ancien Premier ministre (…) Elle oppose en effet les mêmes acteurs et se fonde sur les querelles partisanes pour le contrôle du pouvoir», souligne Maurice Toupane.

Menace sur la présidentielle

En attendant que la situation se décante à l’ANP, le président Vaz se retrouve dans une situation cocasse car Domingo Simões Pereira son « ennemi » pourrait certainement revenir à la primature, selon certains observateurs.

Des milliers de militants du PAIGC favorables à Domingo Simões Pereira ont à plusieurs reprises manifesté courant mai 2019 pour exiger la nomination d’un premier ministre.

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Alors que le mandat du président Vaz, s’achève en juin prochain, la date de l’élection n’est toujours pas fixée. S’exprimant sur la question le chef de l’Etat bissau-guinéen a fait savoir que le contexte actuel ne s’y prête pas.

«Pour pouvoir organiser des élections, il est nécessaire d’écouter le gouvernement et les partis politiques», a soutenu le président Vaz dans des propos rapportés par jeuneafrique.com. Selon lui, il est impossible de fixer une date «tant que ces instances ne se seront pas prononcées».

«La fin du mandat du président José MárioVaz, combinée à l’absence d’un nouveau gouvernement, pourrait engendrer une contestation de sa légitimité et celle de l’actuel gouvernement», averti le chercheur de l’ISS.

La crise politique se déroule aussi dans un contexte économique difficile avec une grève des fonctionnaires qui sont aussi sortis dans la rue pour réclamer des arriérés de salaires fin mai 2019. «La situation budgétaire de la Guinée-Bissau reste sous tension», a souligné courant mai 2019 le Fonds monétaire international (FMI).

«Une combinaison de mobilisation accrue des recettes, de maîtrise des coûts et d’identification de financements supplémentaires sera nécessaire pour réduire le déficit, garantir les obligations salariales et autres, ainsi que des augmentations soutenables de la dette publique», estime le FMI dans un communiqué.

MN/hts