L’aflatoxine, un cancérigène, décrié pour « ses ravages »

« La présence de l’aflatoxine a plusieurs effets néfastes notamment sur la production, le commerce et finalement sur la santé des populations », a indiqué, le Dr Ezechiel Chibundu, conseiller technique pour le partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine (Paca), un programme mis en place par l’Union africaine.

A l’heure actuelle, selon et expert, « les programmes et les politiques dédiées à la lutte contre l’insécurité alimentaire se multiplient mais (il n y a pas encore) une prise en compte réelle des dangers de l’aflatoxine », a-t-il dit à Ouestafnews en marge d’un atelier sur le thème agriculture et nutrition, organisé par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA), du 21 au 25 septembre 2015 à Dakar.

Découverte en 1960, l’aflatoxine est une substance produite par des champignons proliférant sur des graines conservées en atmosphère chaude et humide. Très présente dans l’arachide, mais aussi dans les légumes, l’aflatoxine dispose, selon les experts, d’un pouvoir cancérigène très élevé et reste nuisible aussi bien chez l’homme que chez l’animal.

« L’aflatoxine constitue un réel problème en Afrique, parce que nos conditions climatiques constituent un terrain très propices pour le champignon », précise encore le Dr Chibundu qui met en cause les mauvaises pratiques agricoles et les méthodes rudimentaires de stockage des produits.

Dans sa lutte contre l’aflatoxine, le Paca mène des expériences pilotes dans six pays d’Afrique dont le Nigeria, le Sénégal et la Gambie, trois pays de grande production arachidière et de consommation rizicole.
La Chine avait un moment décidé de sursoir temporairement à ses importations d’arachides en provenance du Sénégal, à cause du fort taux d’aflatoxine. Cette mesure a par la suite été levée.

D’après un rapport publié en juillet 2015 par la Direction de la Protection des Végétaux, du ministère sénégalais de l’Agriculture, l’aflatoxine coûte annuellement entre 46 et 81 milliards FCFA au Sénégal. Toujours selon ce document, 90 % des aliments consommés au Sénégal contiennent de l’aflatoxine.

Au niveau de la recherche, l’Institut de Technologie Alimentaire (basé à Dakar), a annoncé courant 2014, une technique d’isolation et de filtrage de l’aflatoxine éprouvée consistant à mettre de l’attapulgite (produit chimique à base d’argile) dans l’huile d’arachide, pour anéantir les effets de l’aflatoxine.

Selon le Dr Chibundu, l’objectif de la lutte contre l’aflatoxine est de collecter d’abord des informations et ensuite de procéder à une forte sensibilisation sur le fléau.

Le Paca, dans le cadre de son plan stratégique 2013 – 2022 espère réduire considérablement le niveau d’aflatoxine sur les produits du continent afin de donner aux agriculteurs africains la possibilité de répondre aux normes du marché alimentaire mondial et d’augmenter leur potentiel d’exportation.

En phase avec l’approche « intégrée » que préconise le CTA, le Paca entend atteindre ses objectifs en réunissant en son sein tous les acteurs, notamment les décideurs politiques, les agriculteurs, et les partenaires techniques et financiers. 

Grace à l’appui du CTA, une étude à l’échelle continentale de la contamination des aliments par l’aflatoxine a été réalisée par le docteur Sheila Okoth de l’université de Nairobi (Kenya) en collaboration avec le Paca et l’Université de Pwami  (Kenya).