L’Afrique et le Covid-19 : Guterres prédit le pire et fâche des Africains

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres/Photo : ONU

Ouestafnews – Des Africains, indignés et poussés à la colère ont réagi aux propos du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (Onu) Antonio Guterres. Ce dernier a prédit «des millions de morts» sur le continent africain du fait du Coronavirus, qui touche aussi d’autres parties du monde. Des propos jugés condescendants et méprisants qui ont révulsé des citoyens à travers le continent.

«(…) Je crains qu’on aura en Afrique des millions et des millions de personnes infectées et même si la population est plus jeune que dans le Nord, que dans les pays le plus développés, il y aura nécessairement des millions de morts», a déclaré M. Guterres au cours d’un entretien diffusé par RFI, le 28 mars 2020.

Pourtant l’Afrique reste jusqu’ici le continent le moins touché par le coronavirus avec moins de 5000 cas au total à la fin du premier trimestre 2020, contrairement à l’Europe où les morts se comptent déjà par milliers.

Alors que les pays africains se battent pour freiner la progression de la maladie et éviter la panique générale, la déclaration du secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres est perçue par certains analystes comme une tentative de saper le moral du continent.

La déclaration inquiète des citoyens africains, qui pour une fois semblent faire bloc derrière leurs dirigeants pour combattre la pandémie qui n’épargne aucune partie de la planète.

Au milieu de la menace généralisée, le secrétaire général de l’Onu veut ériger uniquement l’Afrique en «priorité de la communauté internationale». Un travail qui nécessite « un investissement massif » et une «mobilisation gigantesque». Des propos jugés opportunistes et visant plus à renflouer les caisses d’une Onu discréditée et bureaucratique qu’a sauver des vies sur le continent.

Dans cette contre-offensive visant le secrétaire général de l’Onu, une première salve est venue du journaliste et consultant sénégalais, Adama Gaye, aujourd’hui exilé en Egypte.

«Vous (Antonio Guterres) n’avez fait cette déclaration que pour que le monde donne de l’argent, par milliards de dollars, qu’il lui refuse, à l’organisation moribonde que vous dirigez », estime M. Gaye dans une tribune relayée par les médias de son pays.

Pour le journaliste, cette déclaration est un manque de respect vis-à-vis de l’Afrique et il est « urgent de déconstruire et de démentir » de tels propos.

«Ce n’est pas net », écrit Elimane Haby Kane, le président de Leadership, éthique, gouvernance et stratégie pour l’Afrique (Legs Africa, basé à Dakar) sur son compte twitter. M. Kane relève la «certitude déconcertante» avec laquelle s’est exprimé le secrétaire général de l’Onu.

Sur les réseaux sociaux notamment sur la page Facebook de RFI où est postée l’entretien avec M. Guterres, les réactions agacées des internautes ont fusé des différentes parties de l’Afrique.

C’est le cas de l’étudiant congolais Philippe Reyan qui souligne une déclaration qui ne rassure pas.

Pour la burkinabé Anissa Nacoulma, le focus sur l’Afrique reste très douteux. Plus tranché, le Malgache Mahefa Rajoferson juge «inacceptable» la sortie du patron de l’Onu.

 

La déclaration de M. Guterres intervient trois jours après le lancement par son organisation d’un plan de riposte global face à la pandémie chiffré à deux milliards de dollars. Cité par l’agence Xinhua, le secrétaire général de l’Onu a souligné qu’il s’agit d’un plan qui va venir en aide aux «personnes ultra-vulnérables».

L’Afrique compte à la date du 30 mars 2020, 4.368 cas confirmés de Covid-19 dont 146 décès, et 335 guéris, selon le bilan fourni par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) sur son site web consulté par Ouestaf News.

Pendant ce temps, le Covid-19 a fait jusqu’ici plus de 30.000 morts dans le monde. Depuis le début de la pandémie, l’Italie à elle seule a enregistré plus de 10.000 morts.

Avec plus 100.000 cas confirmés, les Etats-Unis sont désormais devenus l’épicentre de cette pandémie née en Chine, il y a trois mois.

Le «pessimisme exagéré» pousse les analystes à s’étonner de la fixation de l’ONU sur l’Afrique où les bonnes volontés participent financièrement à la lutte contre la pandémie à côté des multiples mesures-barrières (état d’urgence, couvre-feu, fermeture des frontières…) prises par les gouvernements.

Second pays le plus peuplé de la planète, l’Inde avec son 1,3 milliard d’habitants actuellement sous confinement ne suscite apparemment pas l’inquiétude de l’Onu. Ni l’Espagne, ni l’Italie ni la France, s’étonnent nombre d’Africains !

L’hécatombe annoncée par M. Guterres ne cadre pas avec les déclarations des spécialistes qui mentionnent un taux de létalité (nombre de morts par rapport aux cas confirmés) généralement faible du Covid-19. Le 2 mars 2020, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé a annoncé un taux de létalité de 3,4% du Covid-19, même si en Italie ce taux est aujourd’hui aux alentours de 10%, avec plusieurs centaines de morts par jour.

D’après la plateforme de l’université Johns Hopkins (consultée par Ouestafnews, ce lundi 30 mars 2020 à 13 heures GMT), il y a 737.929 cas confirmés de Covid-19 à travers le monde dont 35.019 décès et 156.507 guérisons.

MN-ON/ts