L’Afrique et le Covid-19. Texte 9 : l’entreprise à l’heure du confinement et du télétravail

Ibrahima Diouf, écrivain, auteur de « Résilience », Pour les Jeunes-Editions – Août 2020./Photo : Ouestaf News

Près de huit mois après son apparition sur le continent africain, la pandémie du Covid-19 y traîne encore les pieds. Comme dans le reste du monde, le virus, en plus de faire de victimes directes emportées par la maladie, exerce une forte pression sur le personnel médical, défie les Etats et leurs politiques, se jouent des scientifiques et des chercheurs, etc. Il n’est presque aucun champ de l’activité humaine qui ne soit touché d’une manière ou d’une autre. C’est tout naturellement donc que le monde de l’entreprise est aussi affecté. Depuis l’éclatement de la pandémie, Ouestaf a décidé de donner la parole aux penseurs africains dans divers domaines, pour mener la réflexion sur cette pandémie

Dans ce texte 9 de la série sur « l’Afrique face au Covid-19 », Ibrahima Diouf, nous propose des extraits de son livre « Résilience » son premier roman. La réflexion porte sur l’entreprise à l’heure du Covid-19 et plus particulièrement à l’heure du confinement. Les extraits ci-dessous ne sont pas dans le même ordre dans le livre. Ceci est donc une version revue et adaptée pour Ouestaf, avec la permission de l’auteur, qui invite à tout repenser dans l’entreprise pour y replacer l’Homme, au centre.

N.B. le titre est de la rédaction. Le texte original a été légèrement revu et édité, pour des soucis de cohérences éditoriale. Ouestaf a choisi de garder « covid-19 » au masculin en dépit de la décision unilatérale de l’Académie française.

Par Ibrahima Diouf*

Les entreprises modernes se transforment presque à tous les niveaux : Système d’Information, Marketing, Relation Client, entre autres. Elles semblent se pencher sur tout, y compris le non essentiel. Tout, sauf sur l’humain. L’entreprise ressemble à un jardin d’enfants, une garderie pour adultes.

La majorité a fait de l’intelligence relationnelle la seule intelligence qui compte. Elle prime sur toutes les autres. Un salarié n’a pas besoin d’être bon dans ce qu’il fait. Il a juste besoin d’avoir la faveur de la hiérarchie. Et puisque la majorité l’emporte toujours. Tout le monde semble s’y atteler. A chacun ses méthodes. L’essentiel est d’être bien vu. La forme prime sur le résultat.

Pendant les « confs call », on constate facilement qu’une toute petite minorité tire la machine et tire les autres avec elle. Le confinement met à nu la charge de travail des uns et des autres, leurs capacités à délivrer des résultats factuels. Certains peuvent rater plusieurs séances, ça ne se remarque pas.

Chacun de nous devrait, par ces temps de confinement, s’auto évaluer et se demander si sa présence journalière en entreprise apporte de la valeur ajoutée à son employeur. Si la réponse est non, on devrait en tirer toutes les conséquences avec responsabilité. La présence en entreprise, pour beaucoup, s’inscrit dans une routine héritée d’une époque révolue. Mais, si on se penche sur le chantier de la présence, énormément de choses devraient changer.

L’entreprise gagnerait en espace, en économie d’énergie, dans la gestion des conflits et dans bien d’autres domaines. Les villes du monde entier seraient moins embouteillées et la pollution de l’air aurait diminué.

L’entreprise est une fiction organisationnelle. Elle n’existe que par ses symboles, les hommes et les femmes qui la représentent et agissent à son nom. Son énergie vibratoire est le rendu de l’énergie vibratoire des humains qui y évoluent. Si ces humains développent des énergies positives, l’entreprise a une énergie positive. Si par contre ils développent des énergies négatives l’entreprise suffoque de l’intérieur et projette une mauvaise image ; d’où la nécessité de se centrer sur l’humain.

L’humain d’abord, la machine ensuite. Au-delà des mots, une culture d’entreprise qui favorise la créativité, l’initiative et la liberté d’action freinées jusque-là par des « process » lourds et une hiérarchie définitivement carriériste. L’heure de l’humain a sonné. Les entreprises modernes, celles africaines notamment en parlent beaucoup mais ne s’y engagent pas en pratique. Le temps est arrivé de s’inspirer de l’homme pour humaniser l’Entreprise.

(…)

Subjectivement, je continue de penser que l’excellence ne compte pas en entreprise. Presque personne n’y arrive par le parcours. On y entre parce qu’on connaît quelqu’un qui connait quelqu’un. Les entreprises n’ont pas imaginé de mécanismes de compétitions neutres, challengeant des candidats de façon anonyme. Le réseautage reste la religion rigoureusement pratiquée.

On continue de faire semblant de tendre vers l’excellence en accumulant des certifications et des prix bidons alors que l’activité quotidienne est une activité de routine que n’importe quel élève de lycée bien accompagné est capable de dérouler. Tout le monde le sait. Mais tout le monde entretient le mythe qui frise un théâtre du seizième siècle.

(…)

Pour (l’entreprise), les salariés ne sont vraiment bien que lorsqu’ils sont morts, lorsqu’ils partent à la retraite ou lorsqu’ils démissionnent. (…). L’entreprise oublie jusqu’au patronyme.

*Ibrahima Diouf, écrivain, auteur de « Résilience », Pour les Jeunes-Editions – Août 2020.