Les Maliens vont choisir leur président, sans enthousiasme

Touré devra faire face à sept adversaires, dont le président de l’assemblée nationale Ibrahim Boubacar Keita (IBK), qui avait déjà perdu au premier tour en 2002, une défaite que Keita avait à l’époque mis sur le compte de « la fraude ».
Plus de 6,8 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales. Toutefois et au mieux, seuls les deux tiers des citoyens inscrits se rendront aux urnes le 29 avril, selon des estimations faites par Ouestafnews en se fondant sur le taux de retrait des cartes d’électeurs rendu public à moins de 24 heures du scrutin.
Selon ces chiffres officiels, à Bamako et dans les grands centres urbains, le taux de retrait des cartes d’électeurs dépasse a peine les 30 pour cent, alors que dans les localités de l’intérieur du pays, il se situe aux alentours de 60 pour cent, atteignant très rarement les 70 pour cent.
« Le problème ne se situe pas au niveau des électeurs, mais plutôt au niveau du système », déplorait le colonel Issiaka Sangare, le Délégué Général aux Elections pour qui, «l’inscription automatique» des citoyens est la principale explication de cet état de fait.
Contrairement « à ce qui se passe dans d’autres pays », au Mali tous les citoyens en âge de voter sont directement inscrits sur les listes électorales, a-t-il expliqué.
D’ailleurs des voix commencent à s’élever à l’intérieur du pays pour préconiser un changement de système et une inscription sur une base volontaire.
L’inscription automatique n’est pas cependant la seule explication de ce peu d’engouement des Maliens à aller retirer leurs cartes d’électeurs, selon des témoignages recueillis par l’envoyé spécial d’Ouestafnews dans la capitale malienne.
« Les électeurs sont démotivés et déçus par la classe politique et les politiciens, incapables de trouver des solutions à leurs problèmes », explique Alphamoi Diakite, professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Bamako.
« Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un pays de l’oralité, et la parole donnée y a son importance », renchérit son collègue Ousmane Mamadou Traoré.
Ibrahim Diallo, jeune étudiant rencontré dans les couloirs du campus, semblait leur donner raison, affirmant qu’il ne savait pas encore pour qui il allait voter, bien qu’il écoute « tous les candidats tous les soirs, à la radio et à la télévision ».
C’est vrai que l’enthousiasme et les grands espoirs qu’avaient suscités l’avènement de la démocratie multipartite au début de la décennie 90 semblent s’être émoussés depuis.
Le retour aux affaires en 2002 d’ ATT- qui avait conduit les destinées du pays une première fois lors de la transition démocratique et était alors perçu comme un sauveur – n’y a rien fait.
Il a beau afficher un « bilan positif » et promettre de faire plus, les Maliens semblent aujourd’hui défiants vis-à-vis de la chose politique.
N’y ont également rien changé la présence sur la ligne de départ de candidats comme Tiebilé Dramé, populaire auprès de certaines couches de la population, et celle de l’ancien ministre de la Défense (sous l’ère de l’ex-président Alpha Oumar Konaré) et que le tout Bamako qualifie de "puissant", Soumeylou Boubèye Maiga.
En dépit de cette désaffection des populations, la classe politique a eu droit à un satisfecit tout de même, décerné par le président de la Commission nationale électorale indépendante, Modiyé Touré.
Il est vrai que les trois semaines de campagne électorale se sont passées dans les règles de l’art, sans violence et sans aucun incident notable.
« Un respect de tous les candidats à l’égard des autres candidats » que salue Modiyé Touré et qui mérite bien d’être cité en exemple.(Ouestafnews)