Massacre du 28 septembre en Guinée : ces obstacles sur le chemin du procès

Stade du 28 septembre, Guinée. Photo//Mediaguinee

Ouestafnews – Les autorités guinéennes promettent d’organiser le procès du massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Mais de nombreux obstacles restent encore sur leur chemin pour la lumière soit faite sur ce drame.

La justice guinéenne vient de boucler son instruction huit ans après les faits, il ne reste que la dernière étape : la tenue d’un procès afin de rendre justice aux victimes de cette journée sombre de l’histoire de la Guinée. Ce procès tant attendu aura lieu l’année prochaine, selon le ministre guinéen de la Justice, Cheik Sakho qui avance toutefois des prérequis financiers et matériels.

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Intervenant sur les ondes de RFI, le ministre de la Justice toutefois précisé que que ce dernier ne se fera pas «sans moyens matériels, financiers et un appui politique du gouvernement».

M.Sakho annonce également qu’avec l’accord des autorités, il va prendre un arrêté créant un comité de pilotage qui va être composé de diverses personnes pour préparer l’aspect matériel de ce procès.

«Ce comité de pilotage qui sera mis en place sera chargé de trouver le lieu et la date de ce procès tant attendu par les Guinéens et les observateurs à l’étranger», assure-t-il.

Des garanties qui rassurent les organisations humanitaires et autres associations qui militent pour qu’enfin justice soit faite.

Assmaou Diallo, présidente de l’association des victimes du 28 septembre veut y croire. «Nous estimons que nous allons y arriver comme l’a promis le ministre de la Justice en affirmant qu’il y aura bien procès en 2018 », a-t-elle confié à Ouestafnews.

Mme Diallo se dit confiance dans la mesure où le ministre de la Justice « a tenu toutes ses promesses, malgré le temps que cela a pris».

Peu de responsables inquiétés

Mais une partie de l’opinion doute encore que toutes les conditions soient réunies. Papa Koly Kourouma, ancien ministre de l’Environnement sous Moussa Dadis Camara est loin d’être du même avis que Cheikh Sakho.

«Je pense que pour tenir un tel procès, il faut des moyens suffisants. Or, quand je regarde le budget national et que je prends le département de la justice, nulle part je n’ai vu inscrite la tenue de ce procès. C’est pourquoi j’émets des doutes», explique l’ancien ministre au site Guinéenews.

Selon lui, « pour que ce procès soit équitable, il faut la présence de tous les inculpés. Ce qui n’est pas une chose évidente au vu de la situation actuelle ».

De gros bonnets dans le collimateur de la justice

En effet, plusieurs personnes qui font face à des accusations conservent encore des postes officiels et influents en Guinée.

«Que des personnes soupçonnées de responsabilité pénale pour le massacre du stade continuent à occuper des postes officiels de haut niveau et de pouvoir est un affront envers les victimes et leurs familles et cela envoie le message négatif selon lequel l’impunité est tolérée en Guinée», estime François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

Le cas le plus parlant est celui du général Sékouba Konaté, ministre de la Défense, en 2009. Celui-ci, selon Rfi, n’a été ni entendu, ni inculpé. Il vit actuellement en France.

Certains aspects de l’enquête sont en suspens, et peuvent entraver la tenue du procès. Il s’agit de la localisation de fosses communes censées contenir les corps d’une centaine de victimes qui demeurent disparues à ce jour, fait remarquer Anmesty international.

Le 28 septembre 2009, des milliers de personnes s’étaient retrouvées au stade de Conakry pour manifester contre la junte au pouvoir dirigée par le capitaine Moussa Dadis Camara.

Les autorités avaient envoyés les forces de sécurité pour réprimer les opposants. Le massacre avait fait plus de 156 morts et plus d’une centaine de femmes avaient été violées.

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