Mort de George Floyd : ce texte que Wole Soyinka n’a jamais écrit

Professeur Wole Soyinka (à droite) s'exprimait sur la désinformation à l'ère numérique au cours d'une discussion organisée à l'occasion du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, le 23 octobre 2018. Capture d'écran vidéo UNWEBTV

Ouestafnews (en collaboration avec Africa check)- Le 25 mai 2020, George Floyd, un Africain-Américain de 46 ans, est décédé à Minneapolis, dans le Minnesota aux États-Unis. Il a subi les violences d’un policier blanc qui lui a mis le genou sur le cou.  Une mort qui a provoqué une série de manifestations dans plusieurs villes américaines pour dénoncer les violences policières et les inégalités raciales. L’ONG Amnesty International avait même lancé une pétition en ligne pour que justice soit faite pour George Floyd.

C’est à la suite de ces événements qu’un texte intitulé « la solution est assez simple », et attribué à l’écrivain nigérian, prix Nobel de littérature Wole Soyinka, a fait son apparition sur Internet.

Texte largement repris sur les réseaux sociaux et les sites d’informations

Présenté comme une analyse faite par l’écrivain sur la situation des Afrodescendants à travers le monde, le document a été largement diffusé sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, mais aussi sur la messagerie WhatsApp.

Il a également été publié par des sites d’informations comme emedia.snwakatsera.com – dont l’article a été cité dans la revue de presse africaine de RFI le 4 juin 2020 – ou encore notreepoque.bj.

« Les Afrodescendants sont pour ainsi dire condamnés à l’excellence et à la conquête du pouvoir économique et politique partout où ils vivent ». C’est par ces mots que commence le texte.

Plus loin, on peut lire : « 63 présidents africains ont été assassinés depuis les indépendances des années 60, par ce dernier (le système) qui est convaincu que seul le pillage et l’exploitation des Afrodescendants lui permet de survivre ».

La version anglaise introuvable

Nous avons procédé à une recherche par mots clés en liant le texte avec le nom de l’écrivain nigérian Wole Soyinka. Mais les résultats nous mènent toujours vers le même texte qui est partagé.

Wole Soyinka étant nigérian, donc anglophone, nous avons cherché à savoir s’il existe une version anglaise du texte. Nos recherches ont été infructueuses. Le seul résultat que nous avons trouvé est un texte de blog dont l’auteur a dit à Africa Check avoir procédé lui-même à la traduction.

Nous avons par la suite traduit le texte du français à l’anglais et nous l’avons envoyé à des journalistes nigérians pour savoir s’ils l’avaient déjà vu. Ils ont tous répondu par la négative.

Africa Check a également visité le site web de la Fondation Wole Soyinka, au cas où le texte y aurait été publié, mais il n’y est pas.

Wole Soyinka : « Je n’ai jamais vu cet article »

Nous avons contacté Wole Soyinka par l’intermédiaire d’un journaliste nigérian, Charles Mgbolu et lui avons fait parvenir le texte traduit en anglais. L’écrivain a répondu ne pas en être l’auteur et qu’il n’a jamais vu ce texte.

« C’est un autre acte de ces personnes qui n’ont pas le courage d’assumer eux même les propos qu’ils m’attribuent. Je n’ai jamais vu cet article jusqu’à aujourd’hui », s’est-il défendu dans la réponse qui nous a été envoyée.

C’est la même réponse que nous a donnée le centre Wole Soyinka pour le journalisme d’investigation, WSCIJ, qui a contacté l’écrivain à la demande d’Africa Check. « Je n’ai jamais écrit ce texte », a-t-il indiqué dans un courrier électronique.

D’où vient donc ce texte ?

Nous avons cherché à déterminer l’origine du texte en contactant certains des médias qui l’ont publié. Le rédacteur en chef de Wakatséra, Boureima Dembélé, nous a fait savoir que c’est son directeur de publication qui l’a reçu d’un groupe de journalistes. Mais il dit ignorer si ce dernier en a vérifié l’authenticité.

Emedia, nous a indiqué que l’article est une contribution, avant de nous envoyer une capture d’écran de la revue de presse de RFI qui cite Wakatséra.

Seulement, si l’on se fie aux dates de publication, le texte a été mis en ligne (le 2 juin) sur le site Emedia avant sa publication sur Wakatséra (le 3 juin). Quant à la revue de presse de RFI, dont une capture d’écran nous a été envoyée, elle a été publiée sur le site de la radio française le 4 juin.

Nous avons également voulu savoir si le texte contient, malgré tout, des extraits d’écrits antérieurs de l’auteur nigérian. Mais, en dehors de la citation tronquée « le tigre n’a pas besoin de prouver sa trigritude ; il tue sa proie et la dévore », nous n’avons rien trouvé d’autre.

Nous avons tout de même retrouvé le nom de Wolé Soyinka parmi les signataires d’une lettre ouverte signée par un collectif d’intellectuels d’Afrique et de la diaspora. Toutefois, l’appel adressé aux dirigeants du continent ne parlait nullement de la situation des Afrodescendants, encore moins de George Floyd, mais de la gestion de la pandémie de Covid-19 en Afrique.

Conclusion : le texte attribué à Wolé Soyinka, au sujet de George Floyd, n’est pas de lui

Un texte intitulé « La solution est assez simple » et partagé sur les réseaux sociaux est présenté comme l’analyse de la situation des Afro-descendants à travers le monde par l’écrivain nigérian Wole Soyinka.

Le texte, publié en français et également repris par certains sites d’information, est apparu quelques jours après la mort de l’Africain-Américain George Floyd tué lors d’une arrestation à Minneapolis, aux Etats-Unis.

Nous avons recherché en vain la version anglaise de l’article et l’écrivain a indiqué ne pas en être l’auteur.