Oxfam invite à repenser les accords commerciaux ‘’inéquitables’’ de l’UE


Par APS

Oxfam invite à repenser les accords commerciaux ‘’inéquitables’’ de l’UE
Dans le rapport Partenariat ou jeu de pouvoir, publié à l’occasion de la 12-ème Conférence des Nations unies sur le Commerce et le développement, au Ghana, Oxfam présente une analyse exhaustive des textes proposés dans le cadre de ces accords commerciaux.
‘’S’ils sont finalisés dans leur forme actuelle, les Accords de partenariat économique (APE) porteront préjudice aux populations pauvres et saperont le développement à travers l’Afrique, les Caraïbes et le Pacifique (ACP)’’, indique un communiqué transmis à l’APS.
‘’Notre analyse montre que ces accords se sont écartés du modèle de développement qu’ils étaient supposés suivre’’, explique Mouhamet Lamine Ndiaye, chargé de programme panafricain pour la Justice économique. Il estime que ‘’le coût sera énorme’’.
En effet, M. Ndiaye situe à ‘’des pertes annuelles de 360 millions de dollars résultant des abaissements tarifaires seulement pour l’Afrique, en plus de 9 milliards de pertes découlant de la mise en conformité pour tous les pays impliqués’’.

Parmi ces effets néfastes, il n’oublie pas ‘’la perte de politique commerciale indépendante, dont l’on a cruellement besoin pour promouvoir le développement et protéger les moyens d’existence’’.

Selon Oxfam, ‘’les périodes de transition promises pour la libéralisation allant jusqu’à 25 ans n’ont été accordées qu’à quelques pays, pour un petit nombre de produits. De plus, les pays en développement n’ont bénéficié que d’une possibilité très limitée de conserver toute forme de protection et ont dû y recourir pour des produits agricoles sur lesquels l’UE verse toujours de fortes subventions ayant des effets de distorsion des échanges’’.

‘’Les règles de propriété intellectuelle strictes proposées par l’UE seraient de nature à creuser la fracture numérique et à remettre en cause les méthodes agricoles traditionnelles, notamment la conservation des semences. Elles sont compensées par des engagements très faibles de l’UE à aider les pays pauvres à accéder aux nouvelles technologies’’, ajoute le communiqué.

L’organisation internationale rappelle que l’UE souhaite finaliser les accords sur les marchandises d’ici mi-2008 et boucler les négociations sur les services, l’investissement et d’autres domaines au cours de l’année suivante.

Citant des experts juridiques, Oxfam indique toutefois que ‘’les accords paraphés fin 2007 ne sont pas juridiquement contraignants et pourraient être révisés. Des ministres, des parlementaires, des experts du commerce et du développement et des chercheurs ont tous contesté l’approche actuelle’’.

‘’Dans un accord équitable, l’UE ouvrirait pleinement ses marchés à toutes les exportations, sans exiger la réciprocité. Elle laisserait aux pays en développement la liberté politique de gouverner dans l’intérêt général et de chercher à réaliser l’intégration régionale selon leurs propres termes. Et elle aiderait ces pays à devenir plus compétitifs, à générer des emplois décents et à accéder aux nouvelles technologies’’, selon Mohamet Lamine Ndiaye.

‘’Il y a de vastes possibilités d’apporter un changement réellement positif pour les perspectives économiques des pays pauvres, et il est encore possible de le faire, mais il ne reste plus beaucoup de temps’’, poursuit-il.

Le rapport Partenariat ou jeu de pouvoir recommande, entre autres, une évaluation indépendante approfondie des éléments paraphés avant que tout accord ne soit signé l’adaptation des régimes préférentiels européens existants, pour garantir qu’aucun pays ACP ne verra sa situation empirer s’il ne conclut pas d’APE et la renégociation des aspects problématiques des accords paraphés.

Aussi, souligne Oxfam, les pays ACP devraient décider de négocier ou non sur les services, l’investissement et d’autres questions liées au commerce, ainsi qu’elle plaide un soutien budgétaire additionnel pour prendre en compte les contraintes en matière d’infrastructure et de compétitivité dans les pays ACP.

Elle invite les pays ACP à faire un bilan, au sein de leurs blocs régionaux comme la CEDEAO, en consultant pleinement toutes les parties affectées, notamment les travailleurs, les producteurs et les entreprises.