Pourcentages dus, avantages indus et nouvelles dynasties (Editorial)

Par Hamadou Tidiane SY*
Face à ce qu’on pourrait qualifier de forfaiture de nos gouvernants, exposée avec arrogance et sans vergogne aucune au grand jour, c’est à se demander si un éditorial est ce qu’il faut de plus adéquat pour manifester son indignation et contribuer à mettre fin à ces exemples d’abus de pouvoir et d’octroi d’avantages indus.
Je veux bien sûr parler de ces affaires de « pourcentage » qui polluent l’atmosphère politique à Dakar et à Niamey, capitales de deux pays ouest africains où la misère la plus abjecte (qu’aucune conscience humaine ne devrait accepter) côtoie de plus en plus une indécente opulence, faite de richesses amassées le plus souvent sur le dos du peuple, et de privilèges indus.
Au Sénégal, c’est le chef de l’Etat en personne Abdoulaye Wade qui s’illustre, en s’octroyant de manière discrétionnaire et unilatérale 35 % des retombées financières que pourrait générer un « monument de la renaissance africaine » qu’il est en train de faire édifier à Dakar.
Et cerise sur ce gâteau présidentiel, le chef de l’Etat, de la même manière discrétionnaire propose que la Fondation qui aura à gérer ce monument soit dirigée par son fils, Karim Wade, pour ne pas le nommer. Un fils qui règne déjà sur ce que la presse sénégalaise a fini de nommer un « super » Ministère de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transport aériens et des infrastructures !
On en avait déjà entendu et vu pas mal sous le régime de « l’alternance », au pouvoir au Sénégal depuis 2000. Mais il semble qu’il en reste encore à voir et à entendre et il sera difficile de nous convaincre que les démunis qui avaient choisi Me Wade et le « Sopi » (changement) en 2000 avaient voté pour que le patrimoine national soit ainsi « privatisé» et concentré aux mains d’une seule famille.
Non et non, M. le président. Ce n’est pas juste !
Un opposant sénégalais bien inspiré (je le cite de mémoire) a dit avec pertinence qu’au rythme ou vont les choses, le président sénégalais et sa famille pourraient finir par transformer les routes et autres biens publics du pays en propriété privée. Et pourquoi pas ?
A Niamey, c’est Hadia Tandja — fils de Mamadou Tandja, président « référendaire » puisque son mandat de président démocratiquement élu expire bientôt — qui fait la Une des médias.
Son nom figure dans un acte notarié « confidentiel » mais désormais public, dans lequel une société minière lui octroie (avec un des ses compatriotes et associé) « 25 % des parts » de la société en plus d’un montant de « 5 millions de dollars ».
De quoi fonder une nouvelle dynastie indéboulonnable à Niamey. Et de quoi expliquer pourquoi le président Tandja tient tant à rester au pouvoir en dépit des protestations qui fusent de toutes parts, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Le scandale, ébruité par la presse privée nigérienne, au lieu de conduire à la repentance et au mea culpa de la part des récipiendaires de ces avantages indus, a, au contraire causé une furie contre les journalistes accusés de « diffamation » et de « vol » de documents pour avoir montré au peuple comment des citoyens « privilégiés » profitent, sur leur dos, des richesses communes.
Sans céder au complexe (africain) de tout ce qui vient de l’extérieur ou de tout ce qui se fait ailleurs, avouons pour une fois que dans d’autres démocraties qui se respectent, de telles pratiques auraient conduit au moins à des enquêtes sérieuses et à des sanctions, voire à des démissions.
Mais comme ici le ridicule ne tue plus et que le pouvoir se conserve à tout prix, on se contentera d’esquiver et de trouver des arguties relayées par des laudateurs sans aucun crédit pour justifier l’injustifiable, et demain commettre encore plus de forfaits.
Faut-il rappeler à ces nouvelles dynasties en gestation en Afrique de l’ouest (Sénégal, Niger, Togo, etc) et vivant de privilèges manifestement indus, que prendre le silence résigné du peuple pour un consentement ou une défaite serait un grand leurre.
L’histoire et la marche des peuples ainsi que la soif de justice qui la jalonne, foisonnent d’exemples qui devraient ramener nos gouvernants à la raison et à plus d’équité et de transparence dans la gestion de nos biens à tous.
L’Afrique de l’Ouest ne saurait être éternellement en marge de cette trajectoire.
* Hamadou Tidiane SY est le fondateur d’Ouestafnews.