Présidentielle au Mali : le fichier électoral de tous les dangers

Une vue du palais présidentiel à Bamako.

Ouestafnews – La controverse autour du fichier électoral n’est pas encore réglée au Mali où les citoyens votent, le 29 juillet 2018, pour élire un président de la République. Le candidat de l’Union pour la République et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé, par ailleurs chef de file de l’opposition, maintient ses doutes sur la fiabilité du fichier.

«Un dossier sérieux de ce genre, on ne peut pas l’amener dans un cadre de concertation bateau où il n’y aura pas de débat. Où la proposition serait ‘on va corriger‘… », a déclaré, le porte-parole de l’URD, Nouhoum Togo, joint au téléphone par Ouestaf News.

Le 26 juillet, le Premier malien Soumeylou Boubeye Maïga a rencontré les mandataires de vingt candidats à l’élection présidentielle pour une bonne organisation du scrutin particulièrement sur la question du fichier électoral dont la fiabilité est remise en cause par une partie de l’opposition.

 «Pour nous, ce n’était pas trop important», a indiqué M. Togo, tout en rappelant que l’URD avait proposé un cadre de concertation «pour le toilettage des textes».

Le 22 juillet, le directeur de campagne de l’URD, Tiébilé Dramé, a proposé, dans une lettre, «l’organisation, dans les plus brefs délais, d’une rencontre de haut niveau, autour du Premier ministre, impliquant l’administration responsable de l’organisation des élections, la Commission électorale nationale indépendante et les candidats à l’élection présidentielle et les organisations internationales, pour convenir des solutions qui s’imposent».

Pour le fondateur du Think tank citoyen pour l’Afrique de l’Ouest (Wathi, basé à Dakar), Dr. Gilles Yabi, il y a une volonté qui semble assez réelle du gouvernement de vouloir impliquer tous les acteurs politiques dans le processus. Mais « il est un peu trop tard pour faire de grandes choses dans l’organisation de cette élection », a souligné Dr. Yabi.

Le 20 juillet, l’URD de  SoumaïlaCissé a indiqué, dans un communiqué, l’existence d’un fichier électoral «parallèle» comportant 1,2 million de voix fictives sur les 8 millions d’électeurs inscrits.

Selon l’URD, le fichier diffusé sur internet ne coïncide pas avec celui audité par les experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

«Je voudrais dire sans aucune équivoque qu’il n’y a qu’un seul fichier, celui qui a été audité fin avril, et sur la base duquel les listes électorales et les cartes d’électeur ont été imprimées», a soutenu le Premier ministre malien, cité par Jeune Afrique.

Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Mohamed Ag Erlaf, a souligné, lors d’une conférence de presse qu’ «il n’y a pas de fichier parallèle. Il  n’y a qu’un seul fichier électoral».

Et selon également, le directeur général des élections, Siaka Sangharé, «il n’y a qu’un fichier électoral audité» qui a servi à la confection et à la personnalisation des cartes d’électeur.

« En lisant ce procès-verbal, vous comprenez que c’est exactement les mêmes chiffres du fichier audité et vous trouverez les 8 millions 462 électeurs, les 12.925 centres de vote comprenant 23.041 bureaux de vote », a précisé M. Sangharé, à la télévision nationale, ORTM.

Suite au putsch ayant renversé le président Amadou Toumani Touré, en mars 2012, les principales localités au nord du Mali ont été occupées par des groupes armés dits «djihadistes».

Depuis, l’Etat central peine à y ramener la paix définitive, la stabilité et son autorité. Dans ce contexte marqué par la polémique autour du fichier électoral, une crise post-électorale est redoutée par certains observateurs.

«Je crois qu’on n’est pas encore aujourd’hui dans une situation de crainte d’une crise post-électorale majeure», estime Dr. Gilles Yabi.

Il y a crise post-électorale parce qu’il y a «des résultats qui tardent à être publiés et qu’il y a beaucoup de soupçons, de manipulations», a expliqué le politologue.

Sur ce point, Amadou Aya du parti Yelema (parti de l’ex-Premier ministre Moussa Mara, qui a retiré sa candidature au profit de Modibo Diarra), estime que tant qu’il y a des concertations, « on n’a pas de craintes ».

Et le 27 juillet, le Premier ministre malien a reçu les candidats à l’élection, a indiqué à Ouestaf News, M. Aya.

Nouhoum Togo de l’URD, lui aussi écarte tout idée de crise post-électorale. Mais «s’ils truquent l’élection et que nous sentons qu’elle a été volée, nous refuserons de reconnaître les résultats», a expliqué Nouhoum Togo.

Selon le directeur du Centre de recherche et d’analyse politique et économique du Mali, Etienne Fakaba Cissoko, il est primordial que les acteurs politiques trouvent une solution pour éviter une éventuelle trouble au lendemain du vote.

«Si nous partons à une élection en rangs dispersés avec autant de tension, il faut évidemment craindre une crise post-électorale», a-t-il expliqué, cité par Deutsch Well (DW).

Il faudra espérer un bon déroulement de l’élection présidentielle et «que les résultats qui sortent du premier tour apparaissent comme étant crédibles», a ajouté Dr Gilles Yabi.

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