Sadiola, un coûteux fleuron

En 1995, la Société financière internationale (SFI), une filiale de la Banque mondiale, a accepté d’intervenir dans son financement pour un montant de 64,8 millions de dollars US.
L’intérêt de la SFI pour le secteur minier malien se fondait sur le faible coût de l’extraction de l’or et la perspective d’importantes recettes (95 millions de dollars américains de recettes annuelles moyennes pendant 14 ans à partir de 1987).
Le potentiel de la mine, estimé à 140 tonnes d’or métal, fait l’objet, depuis janvier 1987, d’une exploitation par la Société d’exploitation des mines d’or de Sadiola (SEMOS). Selon ses dirigeants trouvés sur place Sadiola au mois d’août dernier, 440 000 onces d’or sont retirées b pendant l’année des mines.
La mine a nécessité un investissement global de 280 millions de dollars US dont 5 millions investis dans les travaux du site, 113 millions dans la construction de l’usine, 37 millions dans les infrastructures, 23 millions dans les besoins en eau et 102 millions dans les autres investissements annexes.
Elle est exploitée à ciel ouvert. L’or est soumis à un traitement à travers un circuit métallurgique basé sur la lixiviation dans des cuves.
De la date du coulage du premier lingot d’or dans les cuves, le 20 décembre 1996, au 31 décembre 2001, 35,7 millions de tonnes de minerais ont été extraites des entrailles de la mine, pour une production totale de 79,9 tonnes de métal jaune, a-t-on appris auprès de la société. Sadiola a des réserves de 8 millions d’onces à 3,1 grammes par tonnes.
De 1995 à 2001, les taxes, droits et contributions sociales payés par la SEMOS au Trésor public malien se sont élevés à 104,336 millions de dollars US, selon la Direction nationale de la géologie et des mines du Mali (DNGM).
En 2001, l’effectif du personnel au niveau de la mine était de 842 employés dont 81 expatriés.
Les responsables de Sadiola ont mis en outre en place un fonds de développement d’une valeur annuelle de 60.000 US pour financer de nombreux microprojets dont des projets d’aménagement routier et d’approvisionnement en eau potable, confie le sous-préfet, bien introduit auprès du personnel et des cadres de l’unité industrielle de sa ville. L’homme veille au grain sur les intérêts de l’Etat malien qui l’emploie ou sur ses propres intérêts ? Le temps nous manqua à trouver réponse à la question. Toujours est-il qu’il déclare que l’édile, Balla Cissokho qui en est à son second mandat assure la présidence du conseil d’administration du projet.
Malgré ces nouvelles opportunités économiques qui devraient profité certainement aux populations rurales, pour la plupart versées dans une agriculture de subsistance, précise leur maire-directeur d’école, géographe, homme à tout faire en vérité, l’implantation de la mine a occasionné des dégâts sur l’environnement, dont la perte de terres arables et le pompage abusif des eaux souterraines.
La mine, exploitée à ciel ouvert, laisse échapper d’immenses nuées de poussière en saison sèche nous ont dit plusieurs personnes interrogées, même à cette époque de l’année, avec les pluies abondantes cette fois-ci, la poussière incommode moins.
La technique de séparation de l’or et du minerai requiert en outre l’utilisation du cyanure, qui se dépose dans les boues en surface et présente des risques certains de contamination des sources souterraines, entraînant l’érosion des sols, la baisse des rendements agricoles et la recrudescence des maladies. Même si les dirigeants minimisent les effets à ce niveau.
L’arrivée massive de plusieurs ouvriers sur le chantier a occasionné sinon même amplifié le phénomène de la prostitution. D’autant plus, confie le maire « quand il s’est agi de la phase d’exploitation, les gens de Sadiola n’ont pas été privilégiés. Ils ont fait venir des gens plus qualifiés d’ailleurs ». Cette présence de « miniers saisonniers » qui font grimper la démographie locale jusqu’à 10.000 personnes, avance l’édile, n’est pas sans conséquence dans la bourgade. De nombreuses maladies sexuellement transmissibles (MST), dont le SIDA y sont décelées. N’empêche d’une production annuelle de 24,356 tonnes d’or en 1998, le secteur minier malien, qui a atteint au cours de l’année 2001 une production record de 55 tonnes, est en pleine expansion.
Un rapport de la direction nationale de la géologie et des mines du Mali indique que les quatre principales sociétés minières maliennes (Yatéla, Syama, Morila et Sadiola) ont versé au trésor public malien, en 2001, environ de 120 milliards de F CFA (178.104.976 dollars US) au titre des impôts et taxes. DE cette somme, Sadiola en guise de ristourne en dispose de 200 millions de Fcfa, affirme le maire de la localité.
Le Mali, qui a adopté un nouveau code minier en septembre 1999, occupe le troisième rang des producteurs d’or africains après l’Afrique du Sud (500 tonnes) et le Ghana (60 tonnes).
En 2001, on dénombrait 143 titres miniers dont 55 appartenaient à des sociétés maliennes.
Les réserves aurifères prouvées s’élevaient à environ 800 tonnes réparties entre 9 mines d’or dont 4 sont en exploitation, les 5 autres étant à la recherche de financement. Pour bon nombre de ces mines, l’eau du fleuve Sénégal est nécessaire comme à Sadiola pour « laver » de sa gangue, la belle pépite d’or qui fait la fortune du Mali.
Malgré cette richesse, la « route de l’or » reste poussiéreuse, cahoteuse, caillouteuse et dangereuse. Les nids de poules s’y disputent la place aux crevasses remplies d’eau. Aux marres à crapauds qui croissent à s’éclater le gosier. A notre passage, une voiture de l’usine s’était renversée sur les bas côtés de la piste latéritique, nous forçant à une déviation qui passait au beau milieu d’un village environnant. La SEMOS dit fournir gracieusement 500 m3 d’eau potable, aux populations de Borokone, Farabakouda et Sadiola. Compensation ? Piètre compensation si cela se trouve.

Par Madior FALL