Sénégal : dialogue national ou dialogue politique ?

Une rencontre avec la presse du Front national de résistance (FNR) à Dakar.

Ouestafnews – Le dialogue national s’ouvre, en principe, ce mardi 28 mai 2019 au Sénégal. La préparation de cet événement a été mouvementée au regard des divergences entre la majorité présidentielle et les partis d’opposition prenant part à ce dialogue. Toutefois, l’accent mis sur la politique et la prédominance des partis politiques, à cette rencontre, risquent de reléguer au second plan les préoccupations réelles de la société.

Sur le plan politique le dialogue sera marqué par l’absence d’importantes personnalités politique et de leurs partis comme l’ancien Premier ministre Idrissa Seck ou encore Ousmane Sonko, respectivement arrivée deuxième et troisième de la dernière élection présidentielle tenue en février 2019.

Cette politique de la chaise vide, c’est aussi l’option choisie par le Parti démocratique Sénégalais (PDS, ex parti au pouvoir), toujours dirigée par l’ex-président Abdoulaye Wade ainsi que les partisans du maire de Dakar, Khalifa Sall en prison depuis mars 2017 pour une affaire de détournement de fonds.

Pour participer au dialogue les partisans de Khalifa Sall ont mis en avant comme condition la libération de leur champion. Une condition pas loin de celle posée par le président Wade qui a exigé la réhabilitation de son fils Karim Wade condamné à six ans de prison en 2015 pour enrichissement illicite avant de bénéficier d’une grâce présidentielle un an plus tard.

Divergences politiques ?

Pour diriger ce dialogue, l’opposition n’a pas voulu du ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, préférant voir à sa place des personnalités plus «neutres» issues de la société civile.

Une requête finalement acceptée par la majorité présidentielle à la condition d’avoir une personnalité consensuelle et neutre.

Les partis d’opposition prenant part à ce dialogue se sont réunis dans un cadre dénommé Front national de résistance (FNR). Cette entité a proposé plusieurs noms d’universitaires, dont le constitutionaliste Babacar Gueye avant de buter sur le refus de la majorité présidentielle qui a finalement porté son choix sur Famara Ibrahima Sagna, l’ancien résident du Conseil économique et social sous la gouvernance du président Abdou Diouf.

Au delà de la personnalité devant diriger le débat, les points de divergence restent nombreux entre le pouvoir et l’opposition dans ce projet de dialogue politique.

Les termes de références avaient été signés le 24 mai 2019, sous réserve de certains amendements qui, entres autre, portent sur des points comme l’évaluation de la Présidentielle, la date des élections locales, le statut de l’opposition, le financement des partis politiques. Fait notable : le FNR n’a pas pris part à cette rencontre.

La société civile en rade

Réunis sous la houlette d’AfricaJom Center, un think-tank dirigé par Alioune Tine, l’ancien directeur d’Amnesty International en Afrique de l’ouest et du centre, Alioune Tine, seize syndicats et intersyndicales regroupant des acteurs de l’enseignements, de la Santé ont appelé à la tenue d’un « dialogue constructif et inclusif avec l’implication de toutes les forces vives ».

Dans un communiqué publié le 16 mai, ces organisations ont plaidé pour la tenue d’un dialogue politique, économique et social.

Ces organisations prônent un « dialogue social, en prenant en compte la problématique de la promotion du travail décent, l’équité de genre et la justice sociale», selon leur communiqué.

«Le dialogue national doit inclure toutes les forces vives de la nation, (…) On ne peut pas dialoguer dans un pays sans les forces sociales, sans les travailleurs sinon on risque de faire un arrangement entre politiciens », a déclaré Abdoulaye Ndoye, secrétaire général du Cadre unitaire des enseignants du moyen-secondaire (Cusems), cité par la presse locale.

Toutefois au regard des termes de références (TDR) on se rend compte qu’on se dirige vers des échanges éminemment politiques, avec au centre de la réflexion : l’évaluation de la dernière présidentielle, la détermination du statut de l’opposition, le débat sur le fichier électoral, déterminer les modalités d’organisation des prochaines élections locales.

AMG/mn/on