Sénégal-Iran : Dakar révèle une «insatisfaction» dans les relations bilatérales avec Téhéran et hausse le ton

Jusqu’à l’épisode récent des armes saisies au Nigeria et supposées être destinées à la Gambie, l’axe Dakar -Téhéran a toujours affiché une réelle proximité ainsi que des relations empreintes de solidarité et de cordialité, davantage renforcées par l’implication personnelle du président Abdoulaye Wade depuis son arrivée au pouvoir en 2000.

« Je vous dis que dans (notre) coopération bilatérale, même si on a avancé sur certains dossiers, sur d’autres, on n’a pas du tout avancé. Il y a une certaine insatisfaction », a révélé le ministre sénégalais des Affaires étrangères devant la presse.

Ces explications sénégalaises sont fournies alors que la tension monte entre les deux pays, depuis la saisie en octobre dernier au Nigeria d’une cargaison d’armes, apparemment destinée à la présidence gambienne, mais qui selon le Sénégal constitue une menace à la sécurité de la sous région. Dakar a déjà rappelé son ambassadeur à Téhéran en signe de protestation.

« Nous n’avons pas reçu d’explications claires », a affirmé le ministre sénégalais évoquant les doutes qui subsistent quant à la destination finale et l’identité réelle des convoyeurs de la cargaison d’armes et de munitions saisie par le Nigeria.

« On nous dit que ce sont des privés iraniens (…) s’il s’agit réellement de privés iraniens , cela ne peut pas se faire à l’insu d’un Etat organisé, d’un Etat qui a des services de renseignements, qui une police, qui a des forces de sécurité », a déploré M. Niang qui dit craindre pour la sécurité de l’ensemble de la sous région.

Le Sénégal fait lui-même face à une longue insurrection armée dans sa partie sud (région naturelle de Casamance) qui fait frontière avec la Gambie, petit pays anglophone enclavé à l’intérieur du Sénégal, à l’exception d’une petite façade maritime sur l’Atlantique.

« Nous ne nous sentons pas seulement menacés parce que ses armes auraient pu aller en Casamance (…) nous nous sentons surtout menacés parce que c’est toute la sous-région qui peut être destinataire de ses armes », a précisé M. Niang qui rappelle que le Sénégal a saisi l’Organisation des Nations unies de l’affaire.

Le ministre, qui qualifie l’opération de transport d’armes de « clandestine », a aussi jugé « inamicale » l’attitude du gouvernement iranien qui a limogé son ministre des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, alors que ce dernier se trouvait justement en mission à Dakar pour tenter de clarifier la situation et d’arrondir les angles avec les autorités sénégalaises.

Côté iranien, en rendant compte de cette mission du ministre limogé, on continuait d’insister sur l’excellence des relations entre les deux pays et le « rôle positif » que joue l’Iran dans le développement en Afrique de l’ouest.

L’Agence iranienne Fars news Agency (publique), dans une dépêche daté du 13 décembre 2010, continuait de rappeler les solides relations qui unissent les deux pays et les liens privilégiés entretenus par Abdoulaye Wade et Mahmood Ahmedinejad.