Sénégal-Maroc : Dakar riposte, Rabat tente l’apaisement sans plus


PAR OUESTAFNEWS

Le Maroc avait la semaine dernière décidé de rappeler son ambassadeur à Dakar, suite à des propos jugés hostiles prêtés à Jacques Baudin, haut responsable du Parti Socialiste sénégalais (PS, opposition) à propos du Sahara occidental.
Le Maroc et le Front Polisario (mouvement qualifié de séparatiste par Rabat mais qui affirme se battre pour l’indépendance) se disputent la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole.
"L’ambassadeur du Maroc au Sénégal n’est pas accrédité auprès du Premier secrétaire du Parti socialiste mais auprès du président de la République qui a reçu ses lettres de créances", affirme le bureau du Premier ministre sénégalais dans un communiqué laconique et ferme qui annonce en même temps le rappel "pour consultations" de l’ambassadeur du Sénégal au Maroc.
Ce communiqué, dont Ouestafnews a obtenu copie, déplore que la partie marocaine en prenant sa décision "ne fait pas mention des efforts du gouvernement de la République du Sénégal qui, depuis 2000, accorde au Maroc un soutien constant dans son conflit avec la prétendue République Arabe Sahraouie Démocratique", RASD, l’appellation que le Front Polisario donne au territoire du Sahara occidental. Le Sénégal par conséquent dit attendre des clarifications de la partie marocaine.
Dans sa réplique également par un communiqué de son premier ministre, le Maroc réaffirme les "relations séculaires" entre les deux pays et "qui se perdent dans les dédales de l’histoire", tout en soulignant que le Maroc "n’a aucune explication supplémentaire à fournir ou clarifications à apporter autres que celles déjà formulées" à propos du rappel de son ambassadeur.
Le communiqué marocain se termine par une petite phrase qui laisse le Sénégal définir "en toute souveraineté" sa politique étrangère…et les analystes à leurs interrogations.
Ceux qui sont familiers des usages diplomatiques se demandent encore pourquoi – si comme les deux Etats le clament leurs relations sont toujours au beau fixe – cette "persistance à communiquer par voie de presse" alors que les dirigeants des deux pays peuvent se parler directement par d’autres canaux sans mettre leur différend sur la place publique ?
Ce qui laisse persister la thèse selon laquelle, "l’affaire Baudin", n’a été que le prétexte pour mettre à nu les difficultés dans les relations entre Rabat et Dakar. Le PS a d’ailleurs affirmé qu’il n’acceptera pas de servir de "bouc-émissaire" dans ce qui apparaît comme une détérioration des relations entre les deux pays. Lundi 24 décembre, deux journaux sénégalais titraient sur le "dépit amoureux" entre Dakar et Rabat.
Côté sénégalais, la plupart des analystes sont convaincus qu’en dehors de la question très sensible du Sahara occidental, il existe un lien entre la crise diplomatique en cours et les diverses infortunes marocaines sur le terrain économique au Sénégal, même si le Maroc a catégoriquement nié un quelconque lien entre son rappel et ces affaires. Le Sénégal ne s’est pas encore officiellement prononcé sur cette question.
Au chapitre de ces « mésententes » liés aux affaires, il faut mettre la reprise du contrôle par le Sénégal de la majorité du capital d’Air Sénégal International, qui était jusque là une filiale du groupe Royal Air Maroc.
Il y a eu ensuite la décision annoncée par le chef de l’Etat sénégalais, Abdoulaye Wade lui-même, de ne pas confier les opérations du second navire devant assurer la liaison entre Dakar et Ziguinchor (sud du Sénégal) à la compagnie marocaine Somat, déjà établie au Sénégal et qui exploite la même ligne maritime avec un autre bateau.
Ces petits nuages entre Rabat et Dakar assombrissent une idylle qui a résisté à tous les changements à la tête des deux Etats depuis leur indépendance respective. En plus de quatre décennies, c’est la première fois que les relations entre les deux pays, "à l’amitié légendaire", atteignent un niveau aussi bas. Restent à savoir s’il s’agit d’une crise passagère ou d’une vraie panne dans l’axe Dakar-Rabat.