Sierra Leone : ces chantiers prioritaires qui attendent le nouveau président

Mathais Hounkpé a fait partie dans plusieurs équipes de recherche multidisciplinaires sur des sujets aussi divers que l’évaluation des systèmes électoraux et des institutions, la sécurité des élections, la bonne gouvernance et les questions de politiques publiques.

Ouestafnews – Les candidats qualifiés au second tour de l’élection présidentielle du 7 mars 2018 en Sierra Leone sont connus. La Commission électorale nationale (NEC) a publié, le mardi 13 mars, les résultats provisoires. Quelque 15 000 voix séparent Julius Maada Bio, candidat du Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP, principal formation d’opposition), de Samura Kamara, celui du Congrès de tout le peuple (APC, parti au pouvoir). Le premier a obtenu 43,3 % des suffrages exprimés et le second 42,6 %. Le candidat de la Grande Coalition Nationale (NGC) Kandeh Yumkella arrive en troisième position avec  6,95% des voix.

Mathias Hounkpé, politologue et administrateur du programme gouvernance politique et consolidation démocratique à Open Society Initiative for West Africa (OSIWA) analyse ces résultats pour Ouestafnews.

Ouestafnews – Selon les résultats publiés par la Commission électorale nationale (NEC), moins de 1 % des voix sépare le candidat de l’opposition, Julius Maada Bio, de celui de l’opposition Samura Kamara. Kandeh Yumkella, crédité de 6,69 % des voix, pourra t-il jouer au faiseur de roi ?

Mathias Hounkpé : Il aura toujours un poids, s’il choisit l’un ou l’autre des deux potentiels candidats au second tour. Il pourra apporter une contribution, mais elle sera relativement modeste (le seuil pour être élu au premier tour se situe à 55 % des voix.) Il est arrivé en troisième position avec des résultats en deçà de ce que l’opinion publique espérait. D’autant plus  qu’elle voyait en lui l’incarnation d’une troisième voie en cas de besoin.

Ouestafnews – L’ex-ministre des Affaires étrangères, Samura Kamara, a été désigné par le président sortant, Ernest Bai Koroma (qui ne pouvait pas se représenter), pour porter les couleurs de l’APC. Cette désignation a-t-elle fait l’unanimité ?

MH : En Sierra Leone, chaque partie a son mode de désignation d’un candidat. Dans le parti au pouvoir, la procédure choisie c’est la sélection. Mais dès après la désignation de Samura Kamara, il y a eu des remous qui ont été tus pour l’intérêt supérieur du parti, comme le disent ses responsables.

Ouestafnews –  Cela a-t-il impacté sur les résultats de l’APC?

MH : Naturellement, ce fait a pu contribuer à des pertes de voix notables. Toutefois, trois facteurs ont pu jouer en défaveur du parti au pouvoir : l’ancien vice-président (Sam Sumana démis de ses fonctions en 2015 et candidat de la Coalition pour le changement C4C) qui partage le même fief que le parti au pouvoir, c’est-à-dire le Nord (Port Loko et Tonkolili) et Kande Yumkella qui a également sa base politique dans cette même partie du pays. Ils ont grignoté sur les électeurs de base de l’APC. Il faut ajouter à cela la déception des Sierra-léonais, après dix ans de pouvoir d’Ernest Bai Koroma.

Ouestafnews – Les missions d’observateurs étrangers et de la société civile ont déploré une «augmentation des intimidations et des actes de violence dans la dernière semaine» de campagne. Globalement comment s’est déroulé le scrutin ?

MH : Premièrement, il faut reconnaître que ces échauffourées n’ont pas été tellement importantes pour impacter sur les élections. Le second élément c’est que malgré les tactiques du pouvoir pour enrayer la machine électorale, la NEC a organisé ces élections de la manière  la plus démocratique possible. En tout cas, nous n’avons pas encore eu vent de protestations ou de contestations véhémentes.

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Ouestafnews – L’économie sierra leonaise reste fragile après l’épidémie d’Ebola et la chute des cours mondiaux des matières premières. Quels devraient être les chantiers prioritaires du président élu ?

MH : Le président élu devrait s’attaquer à trois chantiers prioritaires : déjà la corruption qui est un fléau qui gangrène la Sierra Leone (130e mondiale et 19e en Afrique de l’indice de perception de la corruption de Transparency International).

Deuxièmement, après la fin de l’épidémie Ebola, la reconstruction du système sanitaire continue de se poser jusqu’à présent.

Enfin, beaucoup d’analystes pensent que les sources de revenus doivent être diversifiées. L’exportation de matières premières ne peut à elle seule mettre le pays sur les rampes du développement.

AC/ad