Sierra Leone : où en est la lutte contre la corruption ?

Le président Julius Maada Bio, remettant sa déclaration de patrimoine à Francis Ben Kaifala, le 28 juin 2018 à Freetown. Image/ACC

 Ouestafnews –Elu en 2018, le président sierra léonais Julius Maada Bio a fait de la lutte contre la corruption une des priorités de son quinquennat. Un anaprès, qu’en est-il ?

Mi-juin 2019, devant la presse et les membres de la société civile, une cérémonie assez particulière se déroule au palais présidentiel sierra léonais : une cérémonie de remise de chèque mettant en scène le président  Julius Maada Bio et Francis Ben Kaifala, le directeur la Commission nationale de lutte contre la corruption (ACC, sigle en anglais).

Le patron de l’ACC présentait au chef de l’Etat sa seconde prise depuis le lancement : 7,5 milliards de Leone (835.830 dollars), un montant qui s’ajoute aux 7 milliards (780.110 dollars) versés au trésor public en décembre 2018.

«Aujourd’hui nous sommes là avec un nouveau chèque, et il appartient au président d’identifier les secteurs dans lesquels l’argent sera investi», souligne Francis Ben Kaifala dans des propos relayés pardes médias locaux.

Un an après le lancement de l’opération de recouvrement des fonds publics détournés, l’ACC a déjà récupéré environ 16 milliards de Leone (1,7 million de dollars).

Fidèle à la ligne adoptée lors de son discours d’investiture, le président Maada Bio a encore qualifié la corruption de «menace à la sécurité» de son pays et promis que la lutte contre ce fléau  «va continuer et (que) plus de pouvoirs seront conférées à la commission».

Sur le plan judiciaire, 25 enquêtes sont ouvertes ayant conduit à 19 inculpations.Huit procès vont s’ouvrir incessamment selon un document de l’ACC. Toutefois, l’ACC dans sa stratégie a aussi adopté le principe de « négociations »permettant à beaucoup de personnes inculpés de rembourser les fonds illégalement acquis et d’éviter un procès.

Un combat sans merci

Les montants recouvrés par l’ACC constituent un des premiers résultats d’un audit «approfondi» lancé en janvier 2019 par le président Maada Bio. Les trois commissions mises en place à cet effet ont pour rôle de scruter la gestion des affaires publiques entre 2007 et 2018, période qui correspond aux deux mandats du président Ernest Bai Koroma.

Ces commissions qui disposaient d’un mandat de six mois à partir de février 2019 (date à laquelle les auditions ont commencé) n’ont laissé aucune branche de l’administration publique (présidence, ministères, agences).

Considérée jadis comme une coquille vide, l’ACC a vu ses pouvoirs renforcés en 2008 sous le magistère du président Ernest Bai Koroma. La structure s’est vue octroyer plus de pouvoir et de moyens.

Cette volonté de transparence dans la gestion publique, se traduit aussi par l’introduction de la déclaration de patrimoine qui concerne tous les agents de l’administration, quel que soit leur rang. En outre l’ACC a signé un mémorandum avec la commission chargé des enquêtes au niveau du parlement et aussi avec la Audit Service Sierra Leone. Soit des collaborations qui visent à éviter les doublons et conférer une plus grande efficacité au recouvrement des biens mal acquis.

En dépit de tous ces efforts, le pays stagne au niveau du classement annuel de Transparency international sur la perception de la corruption. Depuis 2016, la Sierra Leone affiche le même score de 30 points sur 100. D’où une impression de sur place  en trois ans.

Relance économique

Pour le président Maada Bio, la guerre contre la corruption constitue un nouveau point de départ pour son pays, qui est toujours dans une logique de « reconstruction »après la guerre civile (1991-2002) et la parenthèse de l’épidémie d’Ebola qui a coûté la vie à 3.956 personnes entre 2013 et 2016, selon un bilan officiel du gouvernement sierra léonais.

Dès 2017, un début de relèvement a été noté avec un taux de croissance de 5,8% mais l’embellie est vite retombée l’année suivante avec une baisse de 2,3 points de ce même taux, selon les statistiques de la Banque Africaine de développement (BAD) contenues dans son rapport 2019 sur les Perspectives Economiques en Afrique (PEA).

Selon la même source, le pays souffrait alors «des faibles extractions de minerai de fer, inférieures aux prévisions ; de la baisse des prix depuis 2014 ; et de la fermeture, en 2017, de la principale compagnie minière, Shandong Iron and SteelCompany».

Pour 2019 et 2020, les prévisions de la BAD, tablent sur un retour de la croissance qui va tourner autour de 5,5 en moyenne.  La Sierra Leone pourra alors espérer tirer les fruits de la «réforme du climat des affaires et de la hausse d’investissements agricoles et miniers», selon la même source.

MN/on