Vivre avec le Covid-19 (1ère partie) : leçons d’Accra, Lagos, Monrovia et Freetown

Monrovia, Liberia, briefing d'agents de santé engagés dans la lutte contre le Covid-19. / Image/ UN News.

Ouestafnews-La pandémie de Covid-19 a mis les gouvernements ouest africains, à l’instar de ceux du reste du monde, dans l’obligation de prendre diverses mesures pour freiner la progression du virus. En vigueur depuis deux moins, voire plus pour certains pays, ces mesures restrictives commencent à peser sur l’économie et à menacer la cohésion sociale ici et là. Ainsi, après la vague de mesures sévères, consécutives à l’apparition du virus, l’heure est à présent à l’assouplissement, comme on le constate dans presque tous les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao, 15 pays). Ouestaf News vous propose un tour d’horizon des solutions adoptées dans les différents pays, en commençant par les mesures prises dans les principaux pays anglophones de la sous-région.

Ghana : Akufo-Addo plaide l’adaptation

Pays actuellement le plus touché en Afrique de l’Ouest, le Ghana a été le premier à desserrer la vie et à passer au déconfinement. Une stratégie loin de faire l’unanimité au sein de l’opinion publique.

Le 19 avril 2020, le président Nana Akufo-Addo décrétait la fin d’un confinement qui n’aura duré que 15 jours et auquel étaient soumises les grandes villes du pays, notamment la capitale Accra qui recèle l’essentiel des cas détectés.

Cette décision qui a suscité des concerts d’applaudissements dans la capitale, se révélera controversée par la suite au regard de la progression galopante de la maladie. Les partisans du déconfinement avancent l’excuse d’une économie dominée par l’informel et qui ne peut subir une restriction de mouvements qui dure dans le temps.

Durant les trois semaines de confinement, le pays est passé d’environ 100 à 1024 cas positifs. «Nous ne baissons pas les bras face à la pandémie (…) au fur et à mesure nous allons nous adapter au changement en accord avec nos réalités économiques, culturelles et sociales », a déclaré le président Akufo-Addo le 19 avril 2020.

Le Ghana reste le pays le plus atteint en Afrique de l’Ouest. A la date du 13 mai 2020 le dernier bilan disponible sur le site ministère de la Santé, le pays compte 5.127 cas dont 22 décès et 494 guéris.

S’il est mis fin au confinement, les mesures barrières (fermeture des frontières, interdiction des rassemblements populaires, la fermeture des lieux de culte…), prises aux premiers jours de l’apparition du virus, restent toujours en vigueur

Nigeria : l’impact économique

Au Nigeria, les villes de Lagos, ancienne capitale et poumon économique, Abuja (capitale fédérale et l’Etat d’Ogun (sud-ouest) ont vécu un confinement total qui a duré 35 jours, avant que le président Muhammadu Buhari n’annonce, dans une adresse à la nation faite le 27 avril 2020, un assouplissement marqué par la réouverture des lieux de commerce, la reprise contrôlée de la circulation des biens et des personnes entre les Etats.

Ce réaménagement était dicté par les conséquences économiques des mesures de restriction, selon le président Buhari. Le confinement total de la capitale économique Lagos a porté un coup au secteur informel.

Selon TheAfricareport, le confinement a causé une hausse de 50% des prix de certaines denrées de première nécessité en plus d’avoir aggravé l’inflation constatée sur le marché, suite à la fermeture des frontières terrestres du pays.

Le Nigeria, premier exportateur de pétrole en Afrique, a également été touché par la chute des cours du pétrole occasionné par la pandémie. Aujourd’hui la tension budgétaire est telle chez le géant ouest africain que les experts n’écartent pas une nouvelle récession économique.

Tout comme au Ghana, on peut se poser la question de l’efficacité du confinement dont l’objectif était de freiner la circulation du virus. A la date du 30 mars 2020, qui marque le début du confinement, le Nigeria recensait 70 cas positifs. Le 17 avril lors de la reconduction des restrictions, le décompte donnait 148 cas positif. A la date du 13 mai 2020, le Nigeria compte 4.787 cas confirmés dont 158 décès et 959 guéris. 

Liberia : pas plus de 25 personnes dans les lieux de cultes

Entre le 16 mars, date de l’annonce du premier cas de Covid-19 et le 13 mai 2020, le Liberia a recensé 212 cas positifs et 22 décès. Par rapport au taux de prévalence, le pays de Georges Weah figure aujourd’hui parmi les moins touchés en Afrique derrière la Gambie (22 cas) et le Togo (199 cas).

Le 10 avril, le gouvernement avait décrété un confinement de trois semaines, mesure assortie d’un couvre-feu, qui limitait les déplacements et ordonnait la fermeture des écoles et des lieux de culte. A cette date, 31 cas de Covid-19 étaient recensés par les services de santé. Le 21 avril 2020 le port du masque obligatoire a été décrété, suite à la contamination de 29 agents de santé. La progression du virus a été rapide en dépit du confinement car 101 cas étaient dénombrés entre le 07 et 21 avril 2020.

Face au rythme continu de la contamination, le président Weah avait prolongé de deux semaines le confinement, une décision prise le 24 avril 2020. Le 08 mai 2020, l’exécutif décidait d’une nouvelle prolongation de deux semaines mais avec toutefois un léger assouplissement concernant seulement la fréquentation des lieux de culte.

Depuis le 15 mai 2020, la réouverture des mosquées et des églises a été autorisée dans le respect de la distanciation sociale. Le nombre de personnes présentes dans chaque mosquée ou église ne doit pas dépasser 25 personnes.

Sierra Leone : réaction précoce, confinement inédit

En Sierra Leone, pays qui a été durement touché par l’épidémie d’Ebola en 2014, la réaction des autorités sanitaires a été précoce, note sur son internet le MIT Governance Lab (groupe de recherche en science politique basé aux Etats-Unis).

Dès décembre 2019, un contrôle sanitaire a été mis en place à l’aéroport international de Freetown et tous les voyageurs en provenance de Chine étaient mis en quarantaine. L’apparition du virus ne se fera que le 31 mars 2020, lorsque le test effectué sur un homme revenant d’un séjour en France se révèle positif.

Dès le 05 avril six cas sont déclarés, une progression rapide qui oblige le gouvernement a décrété un confinement total de trois jours avec l’obligation faite à tous de rester à la maison. Cette décision sera reconduite le 09 avril avec l’instauration d’un couvre-feu, l’interdiction des déplacements interurbains, la fermeture des commerces non essentiels, pour une durée de 14 jours.

Déclarant l’existence d’un «mode de transmission communautaire» du virus, le chef de l’Etat Julius Maada Bio annonçait dans une adresse à la nation faite le 31 avril 2020, un autre confinement de trois jours à partir du 04 mai 2020. Soit le dernier confinement en date. A la date du 13 mai 2020, la Sierra Leone compte 387 cas dont 19 décès et 72 guéris.

MN/on/ts