Zone d’insécurité au Sahel : la survie d’abord, la lutte contre le Covid-19 après.

Zone d’insécurité au Sahel : la survie d’abord, la lutte contre le Covid-19 après./Capture d'écran webinaire Ouestaf News Multimédia/ Ouestaf News.

Ouestafnews – La pandémie de Covid-19 qui s’est propagée dans le monde entier depuis son apparition fin 2019 en Chine, n’épargne pas l’Afrique de l’ouest. Pour certains pays de cette sous-région, en plein cœur du Sahel, la maladie vient s’ajouter à une crise sécuritaire aigüe qui, depuis des années, affecte le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

La pandémie a surtout révélé le manque d’infrastructures et la défaillance des structures de santé des Etats de la sous-région.

A Mopti, capitale de la cinquième région administrative du Mali, l’hôpital Sominé Doli et les tentes installées pour accueillir les malades de Covid-19 n’ont pas suffi. Faute d’infrastructures, les autorités sanitaires ont été vite contraintes à opter pour le suivi à domicile des patients.

« A un moment, nous avons été obligés de suivre certains patients à domicile, parce que nos capacités d’accueil étaient dépassées », a affirmé le Dr Abdoulaye Traoré, Anesthésiste-réanimateur et responsable du centre de prise en charge des patients de Covid-19 dans cette localité.

Le Dr Traoré s’exprimait ainsi le 9 octobre 2020, à l’occasion d’une édition dans le cadre du « Forum Ouestaf », organisé par Ouestaf News Multimédia sur le thème : « vie des populations dans les zones d’insécurité au Sahel en période de Covid-19 ».

Il faut ajouter à ces difficultés de prise en charge dans les structures sanitaires, l’absence de laboratoires à même d’effectuer les tests de personnes suspectes.

Selon le Dr Traoré « les prélèvements sont envoyés à Bamako », situé à 640 km.

Son compatriote Youssouf Ag Ibrahim explique que la situation était plus dramatique à Tombouctou, ville historique située à plus d’un millier de km de la capitale malienne, où « il n’y a que deux vols par semaine pour Bamako et on attend trois à quatre jours pour recevoir les résultats.»

Tombouctou a enregistré son premier cas le 9 mai 2020 et le retard dans la prise en charge de cette personne en tant que patient de Covid-19, a engendré une propagation de la pandémie dans la région.

 « Il a d’abord été dans une clinique avant d’être transféré au centre de santé où il est mort. Et à son enterrement, il y avait beaucoup de monde sans mesures barrières car les populations ont longtemps refusé de croire à la véracité de l’existence de la maladie », témoigne Ag ibrahim, un activiste Blogueur qui dit avoir activement participé dans une campagne de sensibilisation via les réseaux sociaux pour conscientiser les populations de Tombouctou. Lui-même a été testé positif, mais a eu la chance de guérir, selon son propre témoignage lors du panel.

Au 02 septembre 2020, les statistiques du ministère de la Santé et des Affaires sociales indiquaient 49% de cas de contamination dans la capitale malienne, Bamako. Elle est suivie de Tombouctou, 20% et Mopti, 9%.

Le gouvernement malien, pour pallier à la saturation des hôpitaux et contenir le virus, avait décidé fin mars de dédier le Pavillon des Sports de Bamako (Salamata Maïga) pour le confinement des personnes ayant contracté la maladie et celles venant des pays touchés par la pandémie du Covid-19.

Le Mali a enregistré ses premiers cas de Covid-19 le 24 mars 2020. A la date du 09 octobre dernier, il compte 3.248 cas confirmés, dont 131 décès et 2.514 guéris, selon un communiqué du ministère de la Santé et des Affaires sociales daté du 10 octobre.

Au Burkina Faso voisin, « la fermeture du marché de bétail de Djibo (nord, dans la commune de Soum), l’un des plus importants marchés, est venue s’ajouter à la situation de précarité que vivaient les populations », indique Sidiki Tamboura, président de l’association Cadre d’initiatives locales pour le développement économique et social (CILDES) du Soum.

« La situation socioéconomique s’est fortement dégradée parce que de janvier à juillet 2020, Djibo a subi un blocus des groupes armées. Ils avaient décrété qu’aucune marchandise, même les médicaments ne pouvaient entrer dans la ville de Djibo », témoigne M. Tamboura.

Le président du CILDES pense que « la pandémie du Covid-19 a exacerbé la précarité et la pauvreté des populations ».

Dans cette région, comme dans la plupart des zones d’insécurité dans les pays du Sahel, « les gens pensent plus à survivre et ne croient pas au Covid-19 ».

Le Burkina, comme le Mali, fait l’objet d’attaques récurrentes attribuées à des groupes armés, opposés aux gouvernements en place à Ouagadougou et à Bamako.

La crise sécuritaire au Mali s’est propagée progressivement du nord vers le centre du pays qui demeure aujourd’hui le foyer des attaques terroristes. Dans cette zone, des opérations militaires, sont accompagnées d’interdiction de circulation des deux-roues motorisés et des véhicules de type pick-up de 18 heures à 6 heures du matin dans les régions de Ségou (est), Mopti (centre) et Tombouctou (nord).

Depuis les premiers cas de Covid-19 enregistrés au mois de mars en Afrique de l’Ouest, plusieurs pays de la zone ont adopté des mesures de restrictions et de confinement, notamment l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, des couvre-feux, la fermeture des lieux de cultes, des établissements scolaires et des marchés. Mais dans les zones où sévissent l’insécurité, ces mesures sont difficiles à faire respecter.

Les populations ayant été contraintes de se déplacer vivent dans des camps. « Malheureusement, avec la promiscuité qui règne dans ces camps, il est très difficile de faire respecter les mesures barrières comme la distanciation sociale. Cette situation a contribué à la propagation de plusieurs pathologies et notamment le Covid-19», a expliqué le Dr Traoré lors du panel.

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