Covid-19 au Niger : baisse des contaminations, oubli des gestes barrières

Candidat à la présidentielle du 27 décembre 2020, Ibrahim Yacoubou, président du parti MPN Kishin Kassa, en meeting à Sassoumbroum dans la région de Zinder au Sud-Ouest. Un rassemblement qui défie les consignes de mesures de protection contre la propagation du Covid-19 au sein de la population./Photo : Ouestaf News.

A Niamey, le Covid19 n’est plus un sujet de conversations. Depuis le 15 mai 2020, date de la levée de l’isolement sanitaire de la ville, la vie a repris son cours normal. Mais baisse ne veut pas dire arrêt de la propagation. La maladie reste bien présente dans le pays. Cependant, dans les rues de Niamey ainsi que dans les marchés, gares, banques, lieux de cultes et services publics, le constat est le même : les gestes barrières sont presque abandonnés.

« Même au début quand on enregistrait plus de cas de contaminations, les Nigériens ne respectaient pas les gestes barrières à plus forte raison aujourd’hui, avec un taux très bas de contamination », ironise Younissi Abdouramane, étudiant à l’Université Abdou Moumouni de Niamey.

Le Niger a enregistré son premier cas de Covid-19 le 19 mars 2020. A la date du 24 octobre 2020, le pays compte un total de 1215 personnes testées positives dont 69 décès et 1128 guéris, selon le Ministère de la Santé publique.

Un petit tour à une cérémonie de mariage au quartier Francophonie de Niamey en fin septembre confirme l’attitude des populations qui semblent déjà conjuguer le Covid-19 au passé.

« Nous sommes là avec plus d’une centaine de personnes mais je n’ai pas vu une seule porter un masque », fait constater Kaka Touda, acteur de la société rencontré lors de la cérémonie où les invités se côtoient se bousculent et se donnent des accolades sous la bâche.

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Il s’empresse toutefois de justifier ce relâchement par le fait que « sur une période d’une semaine, parfois, le communiqué quotidien du ministère de la Santé ne fait état d’aucun cas positif enregistré sur plus de 300 personnes testées ».

A titre d’exemple, le 17 octobre 2020, aucun cas positif n’a été enregistré sur 232 tests réalisés.

Le relâchement est encore plus perceptible dans les marchés. Commerçants et clients ont perdu la notion de gestes barrières imposées au début de la pandémie. Dans les rayons du marché de Yantala au cœur de la capitale, rares sont ceux qui sacrifient au rituel du lavage des mains. On se serre les mains et presque personne ne porte le masque.

Dans ces foules bigarrées et insouciantes, ceux qui portent un masque ou s’échine à se nettoyer les mains avec du gel hydro-alcoolique, deviennent vite sujet de curiosité. « Quand je me lave les mains avant d’accéder au bureau, je suis la risée de mes collègue», affirme Mme Souley Fati, une jeune femme rencontrée à l’entrée du siège d’une ONG à Niamey.

Pourquoi le relâchement ?

Même si chaque soir on rappelle l’impérieuse nécessité d’observer les mesures barrières à la télévision nationale, la situation de la pandémie n’inquiète plus certains Nigériens.

« Le relâchement des gestes barrières par la majorité de la population s’explique par l’approche du gouvernement nigérien, qui, au lieu de procéder à une large sensibilisation sur le Covid-19 et ses conséquences, a préféré restreindre les droits et libertés des citoyens », déclare Hamidou Moussa, chargé de projet au niveau du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire.

Pas tout à fait du même avis que Hamidou Moussa Amina Niandou, présidente de l’Association des professionnelles africaines de la communication (APAC-Niger), pense que « l’Etat du Niger a consenti beaucoup d’efforts mais il a pêché dans la mise à disposition des Nigériens de masques, surtout aux populations les plus démunies ».

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« La désinformation entretenue sur cette maladie par certains agents de santé qui ne croient pas à l’existence de la maladie est à la base du relâchement », estime le sociologue Janjouna Mamane Sani qui souligne que « ce sont des agents de santé qui n’ont jamais été en contact avec un malade du coronavirus et qui croient dur comme fer que si le gouvernement persiste à dire que la maladie existe au Niger, c’est parce qu’il attend des subventions de la part de l’Occident ».

Les méfaits des groupes politiques

Par ailleurs, l’abandon des gestes barrières par les populations est encouragé par les acteurs politiques. « La campagne électorale pour l’élection présidentielle de décembre 2020, s’annonce être de hauts lieux de contamination. D’ailleurs, les acteurs politiques, censés donner le bon exemple, confortent les populations dans leur comportement, en organisant des manifestations sans prendre des dispositions liées aux mesures de protection », accuse Hamidou Moussa.

De toutes les mesures prises pour riposter contre la pandémie à coronavirus, c’est le port du masque qui n’est pas respecté.

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Abass Abdoul, ancien membre du Comité directeur de l’Union des scolaires nigériens, apprécie la situation avec relativisme : « le relâchement est circonstanciel. On doit se réjouir du fait que le taux de contamination soit à la baisse. C’est peut-être cela qui pousse les gens à ne pas respecter les gestes barrières ».

Inquiétude du corps médical

Ce relâchement dans le respect des gestes barrières inquiète le monde médical qui en appelle à la prudence. Pour Dr Illa Alhassane, médecin au service médical d’urgence de Niamey, « l’heure n’est pas au relâchement, surtout quand on voit ce qui ce passe dans les autres pays en Europe, Amérique et en Asie ».

Avec la rentrée scolaire et les campagnes électorales qui vont bientôt démarrer « il faut à tout prix éviter le retour du Covid-19 en imposant le port du masque, le respect de la distanciation sociale, le lavage des mains au niveau des établissements scolaires et de limiter les regroupements des personnes lors des meetings politiques », conseille le Dr Alhassane.

Dans le même sillage, le docteur Moustapha Adamou, Directeur de la riposte aux épidémies alerte : « la mesure interdisant les regroupements lors des cérémonies n’est pas encore levée. Les populations doivent rester vigilantes ». Le Dr Sani Ousmane Responsable du Centre de recherche médicale et sanitaire ajoute que « l’accent doit être mis sur les conditions d’hygiène qui, au-delà du Covid-19, permettent  d’agir sur les maladies diarrhéiques et certaines allergies ».

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